‹ Histoire de la RussieChapitre 168 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Le second des enfants du grand-duc, Constantin, retraçait en tout son père par le visage kalmouk, et par le caractère conforme à ces traits. L'impératrice destinait l'un au trône et l'autre à l'armée. Elle donnait au premier une éducation européenne, au second l'éducation orientale. 11 était exclusivement entouré de maîtres grecs, nés dans les États du Grand Seigneur et clients de la Russie. Ces Grecs lui enseignaient leur langue, leurs mœurs, leur histoire, lui communiquaient leurs espérances. Us saluaient d'avance en lui le restaurateur futur de leur nationalité et le souverain de Constanlinople. La nature toute militaire de ce jeune prince promettait un conquérant à la Turquie, mais un tyran plus qu'un civilisateur de l'Orient.

Le troisième fils, Nicolas, à peine adolescent, égalait en intelligence ses deux frères, et les surpassait en beauté. Son profil grec, presque féminin, mais solidifié par la vigueur moscovite, rappelait les médailles d'Alexandre de Macédoine enfant.

Les quatre princesses, images de leur mère par le visage et par l ame, éclairaient de leur beauté et purifiaient de leur innocence ce palais souillé depuis trente ans par tant de vices, d'impudeurs et d'obscénités.

Ce cortège d'espérances, de grâces, de vertus, popularisait un peu ce commencement redouté de règne.

Cette crainte même était un bonheur. Le premier moyen de ramener et de séduire les hommes prévenus, c'est de les étonner. Paul, 6oit par un instinct naturel, soit par les inspirations de l'impératrice son épouse,

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sembla s'étudier, pendant les premiers jours, à tromper toutes les terreurs de sa cour et de son peuple. 11 appela le favori de sa mère, Platon Zoubof; et, se souvenant des égards que ce favori lui avait témoignés pendant sa puissance, il le confirma dans ses fonctions d'aide de camp général, qu'il occupait auprès de sa mère.

« Continuez, lui dit-il, à faire les fonctions de cette charge auprès des troupes de l'impératrice ma mère et votre bienfaitrice, et servez-moi avec autant de fidélité que vous l'avez servie. »

Tous les ministres de Catherine reçurent également de sa bouche la confirmation de leurs charges. Rien ne parut changé à la cour et dans l'empire, que le souverain.

Comme s'il eût voulu se soulager du remords que la conquête astucieuse et violente de la Pologne faisait peser sur la mémoire de sa mère, il alla ouvrir lui-même le cachot de la forteresse de Schliisselbourg, où le Philopœmen des Polonais, l'héroïque Kosciusko, expiait la défaite de sa patrie, et lui rendit la liberté. Le dernier patriote polonais, vaincu et désarmé, parut quelques jours après, pâle, amaigri, saignant encore de ses nombreuses blessures, comme l'ombre de son infortunée patrie, pour rendre grâce à son libérateur, mais non hommage au conquérant de son pays. Il refusa le splendide établissement que Paul lui offrait en Russie, et n'accepta qu'une modique somme d'argent, indemnité de ses pertes personnelles, pour aller vivre dans la retraite et dans le deuil à Fontainebleau.

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