LIVRE SEPTIÈME
les Russes ou sur tous les étrangers qu'on rencontrait coiffés du chapeau rond dans les rues, bien que cette coiffuro française fût aussi immémorialement celle des vieux Russes.
Les mî mes rigueurs s'exercèrent contre tous ceux qui attelaient leurs chevaux à leur voiture ou qui les enharnachaient selon l'antique coutume du pays. Des soldats de police, répandus sur les places publiques et sur les routes de la capitale, coupaient à coups de sabre les harnais. L'ordre de couper la barbe aux cochers, de substituer aux cheveux longs et épars des soldats une queue semblable à celle qui se déroulait sur les épaules des soldats allemands, n'excita ni moins de sévérités ni moins de murmures. Enfin l'ordre brutalement exécuté de faire descendre de leurs voitures, dans la neige ou dans la boue, les hommes et les femmes aussitôt qu'ils apercevaient l'empereur, pour se prosterner devant lui, et les sévérités dont furent punies les infractions à cette étiquette extérieure, soulevèrent l'indignation muette des Russes et des étrangers. La rencontre inattendue de l'empereur devint un danger public dans Pétersbourg.
L'étiquette de l'intérieur du palais ne fut ni moins puérile, ni moins humiliante, ni moins brutale. On punissait celui qui, en s'agenouillant devant l'empereur, n'avait pas fait résonner assez fortement la salle du bruit de son genou sur le parquet ; on sévissait contre celui qui, en baisant la main de l'empereur, ne faisait pas retentir avec assez d'éclat le baiser servile du courtisan sur la main du tyran. Le prince Galitzin lui-même, grand chambellan du palais, fut envoyé à la forteresse pour avoir plié le genou et collé les lèvres trop négligemment dans ses fonctions auprès de l'empereur. Le changement de l'uniforme commode, souple et chaud de l'arméo russe, contre le costume étroit, disgracieux et froid des
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troupes allemandes, acheva d'exaspérer la nation. Mais l'habitude de l'obéissance aux caprices despotiques des tsars, la vigilance de la police, la promptitude des supplices, comprimèrent longtemps toute émotion.
L'impératrice et ses fils, surveillés eux-mf mes comme des coupables, n'osaient gémir qu'en secret. Tout visage qui ne souriait pas était suspect aux yeux de l'empereur. L'impératrice son épouse, déjà négligée pour des favorites obscures, recevait l'ordre de rester emprisonnée dans ses appartements , au moindre murmure de cette princesse contre les caprices de son mari. Le grand-duc tsarewitz, Alexandre, quoique commandant d'un des régiments des gardes et gouverneur honoraire de Pétersbourg, fut privé de son régiment personnel, dont les officiers étaient trop attachés à ce jeune héritier du trône. Son père l'entoura d'officiers choisis par lui-même, dont la corruption faisait des délateurs. Arakschief, homme à la fois servile et féroce, fut substitué à Alexandre dans le gouvernement réel de la capitale. Cet homme assuma sur lui toute l'impopularité et toute la responsabilité du despotisme maniaque de son maître.
La haine de la révolution française était la seule tradition politique dont Paul I" eût hérité de sa mère. Jusque-là cependant le cabinet de Pétersbourg, plus bruyant qu'actif dans les coalitions formées contre la France, s'était contenté de promettre son concours à la Prusse, à l'Autriche, à l'Angleterre, sans engager un soldat dans la lutte. Catherine, avec le machiavélisme habile qui caractérisait sa politique, semblait attendre