‹ Histoire de la RussieChapitre 173 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

immobile que l'Allemagne et l'Angleterre, épuisées par leurs efforts contre la république française, lui présentassent, par leur affaiblissement même, ou la gloire de les protéger dans l'extrémité de leurs revers, ou l'occasion de s'enrichir impunément de leurs dépouilles en Suède, en Pologne, en Grèce et en Turquie.

Le caractère de Paul 1", plus franc dans sa haine et plus généreux dans ses actes, ne s'accommoda pas longtemps de cette temporisation contre la France. Les émigrés français et piémontais qui remplissaient sa cour l'animaient de leur ardeur, et le proclamaient d'avance le vengeur et le tuteur des rois. Il avait eu le bizarre caprice de se déclarer le protecteur de l'ordre religieux et chevaleresque de Malte, ruine d'une institution catholique et militaire d'où l'esprit des nouveaux siècles s'était retiré, et qui ne subsistait plus que dans son nom, dans son île et dans ses richesses. La prise de Malte par les Français, leurs empiétements dans l'Adriatique, et leur conquête d'Égypte, menaçante pour la Turquie, décidèrent Paul I" à sortir enfin de la longue inertie d'où la Russie contemplait la scène du monde.

Le moment était mal choisi en 1799 par la Russie pour entrer en lice avec la république française. L'Autriche, vaincue et fatiguée, traitait à Rastadt avec les plénipotentiaires français. Le roi de Prusse, Frédéric- Guillaume III, n'aspirait qu'à conserver cette neutralité égoïste, refuge ordinaire de cette puissance dans les crises de l'Europo, dont elle aime à recueillir le fruit sans courir les risques. Le directoire de la république française, en concentrant dans un gouvernement exécutif fort et modéré les ressorts trop convulsifs de la révolution, avait décuplé son énergie "militaire. Des généraux nés de nos longues guerres, élus au feu par l'acclamation de leurs propres soldats, déjà expérimentés, encore

bouillants de jeunesse, tels que Bonaparte, Moreau, Masséna, Macdonald, Kléber, Desaix, Joubert, Soult7 Bernadotle, avaient appris au monde la guerre de l'enthousiasme discipliné contre la guerre de la froide tactique. La révolution française, calmée et satisfaite au dedans, était devenue une révolution martiale, aspirant à la gloire après avoir conquis la liberté Nul n'osait se mesurer avec elle, quand Paul Fr, qui semblait attendre l'affaissement de l'Allemagne pour avoir la gloire de combattre et de vaincre seul , se décida enfin à renouer la coalition découragée.

Le vieux prince Repnin, envoyé par Paul à Berlin pour appeler la Prusse aux armes, échoua dans sa négociation contre l'inertie de la cour de Berlin. Plus heureux avec l'Autriche, dont les conférences avec la France à Rastadt venaient dïtre perfidement ensanglantées par l'assassinat des plénipotentiaires français, mystère d'iniquité que l'histoire n'a pas encore sondé jusqu'au fond, Paul conclut avec cette cour une alliance offensive et défensive, et fit marcher une armée de soixante mille hommes à travers la Pologne, pour s'unir à Vienne aux armées de l'Autriche.

La fortune semblait lui avoir créé à dessein le général héroïque et barbare, fait pour étonner et subjuguer l'imagination à la première apparition des Russes sur les champs de bataille du midi de l'Europe. Ce général était Souvarof. Le nom de Souvarof, déjà illustré d'une renommée sinistre par les massacres d'Ismaïl et de Varsovie, rappelait un fils d'Attila. Il se donnait à lui-même

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