LIVRE SEPTIÈME
pas exilé et gardé à vue dans un village; on le verrait à la tète des armées. »
Le courrier fut contraint de rapporter la lettre intacte à Péter^bourg. L'empereur, offensé de cette obstination à la disgrâce, accrut momentanément ses rigueurs. Mais les instances de l'Angleterre, qui venait de conclure avec la Russie un traité de subsides, triomphèrent enfin de la répugnance de Paul.
Souvarof, rappelé à Pétersbourg, y reçut le commandement de l'armée rassemblée en Pologne contre la France. La marche de Souvarof à travers l'Allemagne et l'Italie ébranla tout le continent. Le premier choc des Russes et des Français sur la Trébia, pendant une bataille de trois jours, jusliûa la renommée des soldats de Souvarof, sans atténuer celle des Français, commandés par Macdonald. Le champ de bataille resta aux Russes, la gloire aux vaincus autant qu'aux vainqueurs. Macdonald, inférieur en nombre, fit pas à pas, devant Souvarof et Mêlas, une retraite égale à la victoire (juin 1799). Mais le nom de Souvarof et son invincibilité se répandirent, après la bataille de la Trébia, dans toute l'Italie et au delà des Alpes, comme l'arrêt vivant du destin. La contre-révolution crut avoir trouvé son Machabée; la France elle-même craignit en lui son envahisseur.
La constance de nos troupes et la mollesse des Autrichiens neutralisèrent les triomphes du nouvel Annibal. Le général républicain Moreau , à la tète de dix mille hommes, descendant des Alpes dans la plaine d'Alexandrie, défit sous les murs de Tortone le général autrichien Rellegarde. Joubert s'avança de Novi avec vingt mille Français. Attaqué par Souvarof, Joubert tomba frappé d'une balle, en recueillant ses forces pour commander encore : » En avant 1 » à ses grenadiers (15 août 1799).
Cette victoire confirma la terreur du nom de Souvarof;
mais les pentes de Novi, jonchées de quinze mille de ses soldats, décimèrent son armée, épuisée de ses triomphes. Il se hâte de repasser en Suisse pour y jouir de sa gloire, et pour y recueillir les renforts que Paul lui envoie, sous Korsakof. L'empereur lui décerne le nom d'Italique, comme Catherine lui avait décerné celui de Rimniski après ses victoires de Moldavie.
L'armée de Korsakof était destinée par Paul à franchir le Rhin et à envahir la France avec l'archiduc Charles d'Autriche, pendant que Sou varof balayerait les Français de l'Italie. Les jalousies de gloire et les dissentiments de conseils de guerre ne tardèrent pas à relâcher l'alliance des Russes et des Autrichiens. Korsakof se jeta en Suisse au lieu de marcher au Rhin, pendant que les Autrichiens, séparés d'eux, s'aggloméraient sur les rives du fleuve.
Jamais la France, depuis la campagne de 1 793, n'avait subi de telles extrémités. L'Italie était perdue, la Hollande envahie, la Suisse inondée de deux armées russes, le Rhin bordé de cent vingt mille Autrichiens. Masséna sauva tout, sol et gloire, à la bataille de Zurich contre Korsakof. Les restes de l'armée russe, précipités du sommet des monts, après avoir perdu leur artillerie et leurs généraux à Zurich, étaient anéantis, sans l'audace de Souvarof (septembre 1799).
.Souvarof, sans compter le petit nombre de ses troupes, avait franchi le Saint-Gothard à la nouvelle de la défaite de Zurich, et se précipitait sur la droite de Masséna. Déjà ses douze mille Russes, animés du courage désespéré de leur général, avaient fait remonter au