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LIVRE SEPTIÈME

sommet du mont Rigi l'armée de Lecourbe, pour y chercher un asile derrière les neiges. 11 allait fondre sur Masséna, quand il apprit la défaite et la retraite des Autrichiens qu'il venait secourir. Sa rage égala son désespoir. Ses imprécations contre une puissance timide et perfide, qui abandonnait ses auxiliaires, retentirent jusqu'à Pétersbourg.

Menacé désormais, avec ce petit nombre de soldats héroïques, de l'armée libre de Masséna, il fit à travers le Mutthenthaî une retraite supérieure à cello de Xénophon. Masséna lui-môme déclara cette retraite la plus militaire et la plus héroïque de ses victoires.

C'est pendant cette retraite qu'en voulant rendre par un symbole le courage à ses troupes démoralisées, il fit creuser une fosse sur la route et s'y coucha comme dans son sépulcre, suppliant ses soldats de l'ensevelir vivant, puisqu'ils refusaient de combattre encore pour leur général.

Son âme, assombrie par la défaite de Korsakof et par l'anéantissement de quatre-vingt-mille Russes décimés par ses victoires et par les défaites de ses collègues, sembla se détacher de la terre où la révolution allait triompher. Il traversa en silence l'Allemagne et la Pologne avec ses débris, le visage couvert du pan de son manteau, comme pour ne pas voir la honte de l'Autriche.

Paul partagea son ressentiment contre des alliés si peu sûrs, et éclata en reproches contre la cour et les généraux de Vienne. Il rappela toutes ses troupes de Hollande, de Suisse et d'Allemagne, sans vouloir d'autre traité de paix entre la France et lui que la distance. 11 ordonna qu'on rendît partout dans l'empire au général Souvarof les mêmes honneurs qu'à l'empereur lui-même, honorant en lui le malheur héroïque, et déshonorant la lâcheté de ses alliés.

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Pendant ces victoires et ces revers en Italie et en Suisse, les escadres russes s'emparaient des îles Ioniennes dans l'Adriatique sur les Ottomans. L'île de Malte, qui venait de se rendre aux Anglais, fut déloyalement gardée par eux, contre la foi des conventions qui engageaient le gouvernement britannique à remettre cette île aux Russes.

Cette infraction aux promesses de la coalition changea en indignation et en dégoût le zèle de Paul I" pour la cause de la contre-révolution. Avec la versatilité violente des imaginations fortes et des caractères faibles, il passa de la haine contre les Français au ressentiment contre l'Angleterre. Son admiration pour le général Bonaparte, dernière espérance du despotisme militaire en Europe, l'inclina facilement à des idées de réconciliation avec un soldat heureux et téméraire, qui sortait d'une révolution pour en étouffer les principes. Il voyait déjà un sceptre dans l'épée du consul. Peu importait à Paul le rajeunissement des dynasties, pourvu que la France eût un maître, et les rois un allié des trônes.

Il se préparait à déclarer la guerre à l'Angleterre, et déjà ses ports étaient interdits au commerce anglais, quand le soulèvement de tous les intérêts russes, que ce commerce vivifiait seul, l'excès de l'oppression sous lequel tremblait la cour, la conjuration sourde de l'armée et les craintes de la famille impériale, sans cesse menacée par les soupçons de l'empereur, se résumèrent dans la tète et dans le bras d'un seul homme, pour délivrer l'empire d'un maître que sa femme et ses fils eux-mêmes

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