‹ Histoire de la RussieChapitre 177 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

ne considéraient plus que comme un tyran ou un insensé.

Cet homme était le comte Pahlen.

Pahlen était un de ces gentilshommes courlandais qui, plus éclairés, plus entreprenants et plus aventureux que les vieux Russes, peuplent, comme les Livonicns, l'armée, les ministères et la cour de généraux, de ministres, de favoris, et quelquefois de traîtres. Entré de bonne heure au service de Russie, et parvenu par sa figure et son talent au grade de général sous le règne de Catherine, il avait dû sa fortune prématurée à la protection du dernier favori de l'impératrice, Platon Zoubof. Gouverneur de Riga à l'avènement de Paul I", il avait plu au nouvel empereur par l'insinuation de son caractère, et par l'affectation d'un dévouement sans scrupule.

Paul, pressé de s'attacher un homme qu'il sentait supérieur à ses généraux et qui lui devrait tout à lui seul, l'avait amené à Pétersbourg, élevé en grade, décoré, enrichi en peu d'années, au-dessus de tous les princes de sa cour, et avait fini par lui donner le commandement général des gardes, le gouvernement de la capitale, la direction absolue de la police et de la politique. Pahlen, investi de la confiance sans bornes du souverain, dominait les ministres, sans en avoir le titre : seul ministre dans une cour où tout le gouvernement n'était en réalité que la confidence perpétuelle et secrète d'un maître ombrageux et du directeur de la police de l'empire.

Tant de bienfaits et tant de puissance n'avaient pu satisfaire l'ambition ou vaincre l'ingratitude et la perfidie

naturelles du cœur de Pahlcn. Soit que le spectacle continuel des engouements et des disgrâces de Paul le fit trembler sur la durée de sa propre faveur; soit que la confidence quotidienne des mouvements convulsifs de l'âme de son maître l'eût convaincu le premier du danger de laisser l'empire à un prince dont la démence pouvait égarer tout un peuple ; soit enfin qu'il craignît réellement pour la famille impériale et surtout pour le jeune tsarewitz Alexandre le sort de don Carlos en Espagne ou du fils de Pierre le Grand, immolés aux ombrages de leurs pères, Pahlen avait conçu depuis quelques mois la pensée de la déposition et peut-être la mort du souverain qui avait remis sa puissance et sa vie entre ses mains. La perfidie, dans les pays despotiques, est l'habileté des esclaves. Les grandes oppressions légitiment chez les races barbares les grandes trahisons. Là où une certaine liberté ne développe pas la conscience, les traîtres se flattent d'être les héros de la dissimulation.

Sûr de l'appui secret de l'aristocratie, de l'armée, du peuple, de ceux qui subissaient l'exil, de ceux qui le redoutaient, eniin des transes de la propre famille de l'empereur, vivant dans une perpétuelle terreur, Pahlen n'avait besoin, pour changer l'empire, que d'une nuit et d une conspiration de palais. Il pouvait en marquer l'heure et la place d'avance, et en rassembler les fils invisibles jusqu'à la dernière heure dans sa seule main. Chargé seul de tous les rapports militaires sur la garnison de Pétersbourg et de toutes les révélations de police sur l'esprit public, il pouvait à la fois aveugler jusqu'au bout sa victime avant de la frapper. La vérité ou le mensonge n'arrivaient à l'oreille de l'empereur que par lui.

Il chercha quels étaient les complices qu'une haine avérée et irréconciliable contre Paul désignait le plus à son dessein. Son ancien protecteur, le favori de Calhe-

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