LIVRE PREMIER
ronnes resplendissantes préparées aux vainqueurs... Cependant les troupes du prince Wladimir s'élancent de leur embuscade et fondent sur Mamaï comme des faucons sur une troupe d'oies, ou tels que des convives qui se pressent vers un festin de noces. Hien ne résiste à leur impétuosité, et l'ennemi prend la fuite en criant: • Malheur à toi, Mamaï! tu étais dans les ■> cieux , et te voilà maintenant précipité dans les en- •» fers! etc.. ■
Voici comment l'auteur dépeint l'amour mutuel de Dimitri et de la grande-princesse Eudoxie son époase i
• C'était en deux corps une seule âme, guidée parla vertu. Tous deux vivaient ensemble comme des pigeons à la gorge d'or, comme des colombes au doux ramage. Tous deux se regardaient avec attendrissement dans le miroir pur et sans tache de leur conscience...
» A l'aspect de son époux étendu sur un lit de mort, des larmes amères et brûlantes inondent le beau visage de la grande-princesse. Sa voix ressemble au roucoulement ma'.inal de la tourterelle, au son mélodieux d'un orgue.
» — Elle s'est éteinte pour jamais, la lumière de mes » yeux! s'écrie-t-elle dans sa douleur; je l'ai perdu, le » trésor de ma vie! Où es-tu, mon héros! Pourquoi faut-il i que tu sois sourd à la voix de ton épouse? Fleur majes- » tueuse ! pourquoi tïtre flétrie de si bonne heure? Vigne ■ fertile, c'en est fait, tu ne porteras plus la douceur de » tes fruits dans mon sein... Regarde, oh! regarde-moi! » De ton lit de mort, tourne tes yeux vers moi; encore • un mot, un seul mot de toi ! Eh quoi ! m'aurais-tu déjà » oubliée? Regarde : voilà ta femme, voilà tes enfants. A » qui confies-tu ton épouse? qui prendra soin de tes or- » phelins? 0 mon bien-aimé! qu'est devenue ta gloire?
» Naguère souverain de toute la Russie, tout, jusqu'à la » vie, t'abandonne aujourd'hui! Vainqueur du peuple, te » voilà vaincu par la mort. Hélas! ton sort brillant a » changé en même temps que tes traits majestueux. 0 » vie de mon âme! par quelles caresses te prouver mon » amour? De misérables vêtements ont remplacé la riche » pourpre qui te couvrait. Qu'ils sont différents de ceux » dont j'aimais à te parer! Au lieu de diadème, ta noble » tête n'est plus enveloppée que d'un linge grossier! Tu » quittes ton palais somptueux pour descendre dans un
• cercueil! Ah! si le Seigneur daignait exaucer ma > prière!... Mais toi, prie aussi pour ta bien-aimée; ob- » tiens du ciel qu'elle te suive dans la tombe, elle qui «jamais ne te quitta pendant ta vie!... Nous sommes » jeunes encore; la triste vieillesse ne nous a pas encore » frappés. Ah! pourquoi ai-jc si peu joui de mon bien- » aimé! La joie a fait place aux larmes, le bonheur a » cédé à la plus cruelle affliction. Pourquoi suis-je venue
• au monde, ou plutôt pourquoi ne t'ai-je pas précédé » dans l'éternelle nuit? je n'aurais pas vu ton trépas et » ma misère ! Mais tes oreilles sont fermées à mes tristes » discours; tu n'es pas attendri de mes larmes amères! O » prince chéri, ton sommeil est trop profond ! j'essayerais » vainement de t'éveiller! Quelle guerre pleine de fatigue » viens-tu de terminer, ô mon bien-aime ! pour être » plongé dans cet état de léthargie? Les betes fauves re- » tournent dans leurs antres, les oiseaux du ciel revolent » vers leur nid; et toi, cher époux, tu fuis à jamais ta » demeure! »
Après la bataille de Koulikof, qui avait presque anéanti la puissance des Tartares en Crimée, Timour, suivi de cinquante mille hommes, renouvela, en 1395, l'invasionde Bâty-Khan. Cette guerre civile entre Mongols