‹ Histoire de la RussieChapitre 186 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

à la lueur d'une lampe de nuit, court à la porte de sa chambre qui communiquait à l'appartement de l'impératrice, se souvient tout à coup avec désespoir qu'il a fait lui-même murer par derrière cette communication , dans l'excès de sa défiance contre son épouse, revient dans son alcôve, presse du pied une trappe mystérieuse qui cachait un escalier dérobé, préparé pour une fuite soudaine, sent la trappe verrouillée résister au poids de son corps, et, ne trouvant de salut ni sous sa main ni sous ses pieds , se réfugie dans un cabinet attenant à sa chambre, où il déposait les drapeaux de ses régiments et les armes des officiers emprisonnés momentanément par ses ordres. Ce cabinet, où l'on retirait les vieux meubles inutiles de l'appartement, renfermait aussi un paravent, derrière lequel l'empereur s'abrite et s'affaisse, pour échapper à la première poursuite des assassins.

Ils entr'ouvraienl déjà les rideaux de son lit. Platon Zoubof, le plus impatient et le plus acharné de tous, jette un cri d'effroi en parcourant de la main la couche vide.

« Grand Dieu ! dit-il , il est sauvé , et nous sommes perdus! »

Il cherche en vain sous le lit, avec la lame de son épée, le corps du fils de Catherine. Il pâlit, ainsi que son frère, à l'idée du crime conçu, commencé et trompé par la précaution de Paul. Ses complices et lui voient déjà l'empereur échappé à leurs coups, appelant les soldats de la garde et de la garnison aux armes, et revenant venger dans leur sang la conspiration avortée.

Mais Beningsen, avec le sang-froid obstiné d'un militaire accoutumé aux vicissitudes de l'action, continue à visiter scrupuleusement les corridors, les armoires, les recoins obscurs de la chambre, et, dépliant violemment le paravent, découvre, derrière le dernier panneau

de ce meuble, l'empereur accroupi qui le regarde sans terreur, et qui se relève majestueusement devant lui.

Paul, en traversant le cabinet où étaient déposées les armes des officiers aux arrêts, avait eu le temps et l'instinct de s'armer d'une courte épée, pour défendre sa vie ou pour mourir en brave. Beningsen, contenant l'empereur de la main droite avec la pointe de sa propre épée sur sa poitrine nue, le salue avec un reste de respect militaire, et, tenant de la main gauche l'acte d'abdication préparé chez Zoubof :

« Signez ceci, dit-il à Paul; vous n'êtes plus empereur, c'est votre fils Alexandre qui règne! Nous venons vous sommer, en son nom , de déposer l'empire. A ce prix, ne craignez rien pour votre vie : nous ne voulons de vous que le sceptre, que vous ne pouvez plus porter.

» — Oui ! oui ! s'écrièrent tumultueusement les conjurés les plus rapprochés de Beningsen avec les gestes et les égarements d'hommes ivres d'insolence et de vin; hâtez-vous d'abdiquer un pouvoir qui n'a été qu'un long opprobre pour vous, un long supplice pour nous, ou nous vous ferons signer de votre sang une renonciation que vous ne voudrez pas signer de votre mainl

» — Que vousai-je fait, ingrats?» répondit Paul avec un accent de reproche sévère et tendre , où l'on sentait encore l'autorité du souverain à travers la tristesse du suppliant.

Il continuait à leur parler en victime et en maître, et la compassion commençait à amollir en eux la fureur du crime et du vin, quand un nouveau tumulte de pas nombreux se fit entendre dans les grandes salles qui précédaient la chambre.

• Ce sont ses soldats allemands qui viennent le défendre! » s'écria une voix. A ce cri, le groupe des conjurés épouvantés se dispersa dans l'ombre, et laissa

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