LIVRE SEPTIÈME
Berningsen presque seul contenir de la pointe de son épée sa victime, prèle à échapper à son sort.
Ce n'étaient pas les Allemands : c'était un second groupe de conjurés subalternes, arrêté un moment au pied du grand escalier, qui accourait au bruit de la résistance et de la lutte pour presser et achever le dénoûment. Leur invasion, les cris des hussards, la chute des portes enfoncées, le retentissement des pas des conjurés sur les degrés, la voix de Paul appelant à lui ses serviteurs, avaient rempli le palais de bruit et de trouble.
Platon Zoubof , craignant que l'impératrice et ses fils n'accourussent aux clameurs de leur pore et de leur époux, se hâta de descendre dans les appartements du tsarevutz Alexandre, situés au-dessous de ceux de son père. Il trouva ce prince debout dans son appartement avec la grande-duchesse sa femme, son frère Constantin et la femme de ce grand-duc, attendant dans une angoisse cruelle la lin d'un drame dont on ne leur avait conûé que la moitié.
Constantin, le favori de son père et l'exécuteur obéissant de ses sévérités, n'avait été initié que le soir, trèsavant dans la nuit, au coup d'État consenti par son frère. On le retenait avec peine dans l'appartement du tsarewitz, par crainte d'une indiscrétion ou d'un généreux élan de cœur vers son père. S'il avait eu le temps de la réflexion et la liberté de ses mouvements, jamais Paul n'aurait été frappé qu'à travers son propre corps.
Zoubof raconta rapidement aux grands-ducs la surprise, le désarmement et la prochaine abdication de leur père. 11 leur jura de nouveau que sa vie était en sûreté sous l'épée prolectrice de Beningsen, et il remonta précipitamment l'escalier du palais.
Pendant sa courte absence, Beningsen avait continué à retenir Paul immobile, mais inflexible, sous son épée.
aux conditions d'abdication qu'on lui imposait. Indigne de régner par son caractère, il s'en montrait digne au moins au dernier moment par son courage; il ne savait pas plier, mais il savait mourir. Le second groupe de conjurés, qui venait de rallier le premier groupe dispersé par la panique, était composé d'officiers et de généraux à qui l'ivresse du souper chez Zoubof avait enlevé toute raison, toute décence et toute pitié dans leur animation contre le tyran.
A leur entrée dans la chambre, et à l'aspect de Pau! en chemise, les jambes nues, devant Beningsen, ils s'étaient précipités en furieux sur l'empereur. Paul, désarmé et saisi corps à corps par le major général de l'artillerie prince Jaschwill, roula en se débattant avec son assassin. La seule lampe de nuit qui éclairait cette horrible lutte s'éteignit, soit d'elle-même, soit par le souffle d'un des bourreaux, soigneux de laisser la responsabilité aux ténèbres. On entendait Paul se défendre avec l'héroïsme du désespoir contre le prince Jaschwill, Tatarinof, colonel d'artillerie, le prince Vereinski, et Seriatin, officiers réformés de la garde, donner et recevoir des coups retentissants.
t Au nom de Dieu! Sire, lui cria Beningsen, ne cherchez pas à vous sauver : il y va de votre vie ; on vous tuera, si vous opposez la moindre résistance! »
En disant ces paroles, Beningsen courut à tâtons, dans la salle voisine, chercher un flambeau pour éclairer les ténèbres de cette lutte.
« Messieurs, murmurait Paul à demi étouffé par une écharpe que des mains invisibles seraient déjà autour de son cou, au nom du ciel, épargnez votre empereur! Laissez-moi seulement le temps de faire ma dernière prière et de recommander mon âme à Dieu. »
Le nœud coulant de l'écharpe, qui lui coupa la rcspi-