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LIVRE SEPTIÈME

A peine y était-elle rentrée avec ses filles pour étancher ses premières larmes, que Pahlen , resté jusque-là invisible et immobile avec ses troupes , comme le génie indécis et caché de l'événement, dans l'ombre des jardins, entra chez l'impératrice et l'engagea à le suivre chez le tsarewitz Alexandre, pour saluer et bénir en lui le nouvel empereur.

A ces mots, l'orgueil et l'ambition trompés du trône vacant se soulevèrent, et triomphèrent de l'émotion et de la douleur dans l'âme de cette vertueuse mais fière princesse. Elle n'avait eu qu'un moment pour se reconnaître, et ce moment lui avait suffi pour s'attacher à l'idée de revendiquer pour elle-ntfme ce trône, occupé par le cadavre encore chaud de son mari. Elle s'étonna, elle s'indigna à haute voix devant Pahlen de ce qu'on lui disputait la régence ; et elle le suivit chez son fils, en lui reprochant amèrement de lui ravir le rang et l'autorité qui lui appartenaient par la mort de Paul, et par l'âge, encore subordonné à sa tutelle, d'Alexandre.

Pahlen lui représenta en vain qu'un événement si sinistre et si imprévu exigeait dans la nuit mi'me un couronnement militaire, et la présentation d'un prince à cheval et adoré à la tète des troupes. Rien ne fléchit la mère déjà jalouse du fils, tant la séduction du pouvoir suprême dominait promptement, dans ce cœur de veuve, l'honneur de l'épouse et la tendresse de la mère !

Pendant que cette altercation pour l'empire se prolongeait à voix sourde dans l'appartement de l'impératrice plus qu'il ne convenait à Pahlen et à ses desseins de gouverner sous le jeune empereur, Beningsen et Zoubof s'étaient rendus, de leur coté, dans l'appartement du tsarewitz, où Alexandre et Constantin attendaient avec une anxiété terrible, non la mort, mais l'abdication forcée de leur père. La douleur et la pâleur de la physionomie de Beningsen révélèrent avant les paroles, aux princes, ce qu'ils tremblaient de connaître :

« Votre père est mort du saisissement et des convulsions que la nécessité de déposer l'empire a produits en lui , dirent les meurtriers.

» — Ah! malheureux que je suis! s'écria le tsarewitz, qui comprenait au delà des paroles, je commencerai donc mon règne par un asea-sinat , et je laisserai donc la mémoire infâme d'un parricide? Non! plutôt mille fois ne jamais régner, que de régner en paraissant recueillir le fruit du sang de mon père! »

Il s'évanouit à ces mots, en tombant dans les bras de Constantin, sombre de fureur et baigné de larmes.

La voix de Pahlen, qui entrait et qui lui représentait le péril d'une hésitation et d'un interrègne d'un moment dans une telle crise de la couronne, suspendit, non son désespoir, mais ses gémissements et ses incertitudes.

t Refuser l'empire par un remords, c'était, lui dit Pahlen, s'avouer coupable d'un crime ou d'un malheur dont il était en réalité innocent. La cause de la mort resterait cachée; ou, si elle venait à se révéler, il se trou-

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