‹ Histoire de la RussieChapitre 192 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

l'exigeait l'épée sur la poitrine, il n'y avait que la distance de la pointe de l'épée de ses partisans au cœur de son père; qu'un refus, un emportement, un geste, une lampe éteinte, une mêlée dans la nuit, pouvaient changer une déposition en parricide. Jamais fils, quelque menacé qu'il fût, ne devait laisser courir innocemment un pareil liasard au crime de ses confidents, a la vie de son père, à sa propre innocence à lui ! Si Paul n'était qu'un prince ombrageux, il fallait subir patiemment ses ombrages, comme un malheur de la destinée qui ne légitimait point sa déposition violente, encore moins sa mort, par la main des biens. Si c était un insensé dangereux à tous et à lui-même, il fallait le sauver de ses propres excès par un jugement douloureux d'État et de famille, assister soi-mCrne à l'exécution de l'arrêt, désarmer à genoux le prince et le père, l'entourer dans l'intérieur du palais de toutes les pitiés, de toutes les consolations, de tous les respects dus à la nature, au rang, à l'infirmité mentale; mais il ne fallait livrer à aucun prix, à la nuit, à la trahison, à l'ivresse, au fer d'une bande d'assassins, la vie d'un souverain et d'un père, en attendant debout, averti et tremblant dans un appartement voisin, qu'un Palilen ou un Zoubof ou un Betiingsen vinssent vous apporter, ou une abdication signée sous le poignard, ou un crime tout fait, avec la honte éternelle de ne pouvoir ni les désavouer ni les punir î

Alexandre se rejeta d'horreur dans le désespoir, et versa des larmes sincères en apprenant que ses partisans avaient manqué à leur serment et déparé d'un cadavre son autorisation. Mais aucunes larmes ne pouvaient laver une telle imprudence. Aussi ne fut-il jamais bien sûr lui-même, pendant le reste d'une vie honnête, s'il était innocent ou coupable : un malheur trop semblable à un

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remords pesa jusqu'à sa dernière heure sur son esprit. Juste vengeance de la nature, qui infligea à une action douteuse un doute terrible pour punition ! L'histoire, selon nous, ne doit juger Alexandre ni plus mollement ni plus sévèrement qu'il ne se jugea lui-même : innocent d'intention, imprudent de moyens, malheureux de destinée, et d'autant plus malheureux qu'une conscience plus filiale, plus délicate et plus pure ne lui permit jamais à lui-même ni de s'absoudre ni de se condamner tout à fait 1 Un règne qui commençait ainsi pouvait être grand: il ne pouvait jamais être heureux.

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