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LIVRE HUITIÈME

Alexandro avait vingt-six ans le 24 mars 1801, jour où la Russie prêta serment au nouvel empereur. S'il n'y avait eu ni mystère dans le palais, ni conjurés impunis autour de lui , ni reproche sur les lèvres de sa mère, ni remords caché dans son propre cœur, ni soupçon sinistre dans les yeux du peuple qui le saluait, jamais souverain n'aurait reçu la couronne de plus d'amour et de plus d'espérances.

Sa jeunesse, sa candeur, son obéissance filiale aux volontés et môme aux caprices d'un père; la prédilection de sa mère pour lui, et le respect jusque-là inaltérable qu'il témoignait à cette mère; ses mœurs pures, ses goûts studieux; les principes respectueux pour les peuples, qu'il avait sucés dans les entretiens de son précepteur, citoyen d'un peuple libre, le colonel helvétien Laharpe, principes qu'il affichait dans ses propos, et qu'il exagérait même jusqu'à un républicanisme inapplicable dans un pays où la seule institution est la tempérance dans le despotisme; enûn les ombrages, les

persécutions dont la jalousie inquiète de Paul obsédait sa jeunesse, et qui appelaient sur lui l'intérêt qu'on porte aux victimes, tout se réunissait en ce moment autour d'Alexandre pour le couronner de popularité autant que du diadème.

La nature complétait extérieurement en lui le prestige de l'empire. C'était, dit un témoin oculaire de sa première apparition comme souverain hors du palais, un prince qui réalisait aux yeux le prince accompli rêvé et dépeint par le poétique génie de Fénelon dans les utopies du Télémaque. Rien ne manquait à la ressemblance, pas même la chimérique illusion qui attribue aux souverains plus de perfections et aux peuples plus de docilité que la nature humaine n'en comporte. Alexandre avait la beauté imaginaire de son âme dans ses traits : une taille élevée, mince et flexible, où la faiblesse même ajoutait à la grâce, un port de tête qui rappelait la majesté de Catherine II, son aïeule, mais dont la modestie de l'âge tempérait la douce fierté; un front haut, large et plane, où l'étude et le casque avaient déjà ellilé la chevelure un peu rare ; des yeux bleus bien ouverts, limpides et profonds, comme une âmo qui n'a rien encore à voiler aux hommes; un nez trop court pour la perfection grecque du pr.>fil , mais qui ne rappelait nullement la difformité tartare de ce trait du vidage dans sa race; une bouche ferme dans le silence, presque féminine dans la parole ; un ovale un peu carré à la base; un teint d'une blancheur mate et marbrée, que la timidité colorait souvent d'une rougeur fugitive; une voix qui touchait le cœur en même temps que l'oreille , par un timbre tour à tour musical et pathétique; une belle pose à cheval; un aplomb sans lourdeur; le geste majestueux, jamais théâtral; l'épce saluant» militairement comme un sceptre plus que comme une arme dans la main.

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