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LIVRE HUITIÈME

Tel était à cette époque de sa vie le jeune empereur Alexandre, tel nous l'avons contemplé nous -nu me, quelques années après, au moment où sa maturité accomplie lui laissait encore sa séduction. L'éblouissement et l'attrait se tempéraient et s'achevaient l'un l'autre dans sa personne. Si les souverains étaient jetés par la nature dans un autre moule que le reste des hommes, on aurait pu croire que c'était la statue du tsar modèle, pour inspirer le respect et pour charmer les yeux.

Son caractère était la contre-épreuve de sa figure, plus beau de sentiments que puissant de facultés. Catherine, qui l'adorait comme son image vivante, lui avait donné la grandeur de ses pensées, mais non la force de son génie. L'excès mrme des soins qu'elle avait pris de son éducation avait nui peut-être à son développement. Trop façonné par elle et par ses maîtres à la perfection de sa condition de maître futur d'un vaste empire, l'art avait un peu comprimé la nature en lui. Il avait plus écoulé que pensé, plus répété que senti , plus obéi que voulu dans sa vie. Ses vertus étaient des leçons de som esprit plus que des élans de l'àme. 11 s'était habitué à subir plus qu'à imprimer des impulsions; très-intelligent pour comprendre, il l'était moins pour concevoir : l'àme seule en lui était grande; l'esprit n'était que cultivé, fin et habile. Un immense amour de la vertu et de la gloire était sa principale vertu.

Mais ces aspirations étaient vagues comme celles qu'on a puisées dans les livres ou dans les leçons de la philosophie antique , sans application actuelle ou locale

à la condition du disciple. Laharpe, pédagogue honnête mais sans génie, avait rempli la bouche de son élève de maximes plus que de sens, il avait formé un Grec, un Macédonien, un Romain; il ne fallait aux Scythes qu'un autocrate philanthrope. Le contraste perpétuel entre ces maximes de philosophie libérale et les nécessités du despotisme moscovite devait faire du jeune Alexandre un prince dépaysé dès le premier jour sur un trône absolu. Toute sa vie, contradiction vivante entre l'homme et le souverain, devait se ressentir de cette fausse éducation donnée à son petil-ûls par Catherine. Il allait chercher partout la vertu et la gloire dont on avait ébloui sa jeune âme, sans savoir jamais où était pour un tsar de Russie la solide gloire et la véritable Vertu. Cœur honnête, âmo belle, vertu chimérique, imagination vaine, ambition ardente du bien et du beau, mais esprit courant à toutes les lueurs, sans pouvoir reconnaître celle qui allait l'égarer ou le conduire!

Tel était en réalite le caractère du jeune Alexandre au moment où un crime lui donnait prématurément l'empire qu'il était plus impatient de recevoir qu'il n'était mûr pour le gouverner.

Après l éloignenient décent de Pahlen, les complices subalternes de la nuit du 23 mars, à l'exception des Zoubof et de Beningsen, furent successivement non poursuivis mais écartés. Ils allèrent traîner dans les armées et dans les gouvernements les plus distants de la capitale les soupçons attachés à leurs pas, et les reproches d'ingratitude adressés par eux à demi-voix à

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