‹ Histoire de la RussieChapitre 195 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

celui qui ne pouvait ni les avouer sans déshonneur, ni les punir sans péril.

Les conjurations, depuis cinq règnes, étaient si fréquentes, si subites et si heureuses, que le souverain luimême tremblait de rencontrer un conspirateur dans chaque favori. Le vieux et rusé Panin, autrefois gouverneur de Paul l,r, et un des principaux complices de Catherine contre Pierre III, avait vu sans étonnement et sans peine tomber le fils, son élève, sous les mômes coups qui avaient frappé le père. Il ne haïssait dans Pahlen que le rival de pouvoir, et non l'émule de conjuration. Alexandre, encore indécis sur la politique qu'il aurait à suivre relativement à l'Europe, donna provisoirement à Panin la direction des affaires dirigées longtemps par ce ministre sous Catherine II.

L'état de l'Europe exigeait en ce moment un homme de génie pour l'embrasser d'un regard, et une main aussi résolue qu'habile pour tracer sa politique à la Russie. Panin, vieilli dans les temporisations de la politique expectante du règne de Catherine, était plus propre aux manèges des négociations qu'à l'action franche, vive et décidée, seule grande attitude nationale d'un empire devenu en moins d'un siècle le pivot du Nord. L'inexpérience, la docilité, la flexibilité d'esprit du jeune Alexandre, l'ignorance des jeunes favoris dont il était entouré, leur impatience déjouer un rôle sans connaître ni la scène ni les acteurs, laissaient à Panin une autorité précaire, mais presque absolue, dans le conseil. Intermédiaire entre le vieux parti national russe, représenté à la cour par le prince Kotschoubey, par les Dolgorouki, et entre le parti de la jeunesse, représenté par Alexandre, par le prince Czartorisky son ami, par les jeunes Novolitzof et M. de Strogonof ses confidents, Panin conserva quelque temps l'apparence d'oracle de

la tradition russe, liant la vieille politique de Catherine à la nouvelle politique de la jeune cour. Aussi, dans les premiers actes du rogne, on s'aperçut à peine à l'extérieur que Paul Ier avait cessé de régner.

A l'époque de l'avènement d'Alexardre, tout se détendait à la fois en Europe de la longue et violente tension que la révolution française et les coalitions nouées contre celte révolution, mais tour à tour vaincues et dissoutes, avaient maintenue pendant neuf ans dans les cours, dans les armées, dans les congrès. Une lassitude générale, et la conviction que la république française était invincible, avaient découragé ses ennemis. Tout le monde acceptait maintenant, par nécessité ou par sagesse, l'idée de transiger avec cette puissance nouvelle d'un peuple que la liberté venait de rajeunir.

L'Angleterre elle-même, qui avait secondé seule avec tant de constance et tant de sacrifices, depuis 1792, le génie de son grand ministre M. Pitt, contre la France conquérante, l'Angleterre fléchissait sous l'ascendant d'une fortune et sous le poids d'une pression qui ne faisaient pas fléchir son ministre. Une opposition plus verbeuse que patriotique, représentée par un grand orateur populaire, sophiste de contradiction, M. Fox, sapait à force de vains discours le bon sens anglais. Après avoir demandé la paix avec la démagogie sanguinaire de 1 793, M. Fox et ses amis la demandaient avec le despotisme militaire du premier consul Bonaparte. La paix n'était au fond, pour eux, qu'un texte d'opposition parlementaire. Si M. Pitt avait voulu la paix, M. Fox aurait

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