‹ Histoire de la RussieChapitre 196 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

demandé la guerre. Mais la nation anglaise, fatiguée d'un effort surnaturel dont l'histoire offre peu d'exemples, voulait non désarmer, mais respirer.

M. Pitt, ferme dans sa conviction que l'antagonisme à mort contre la France révolutionnaire et conquérante était la vie et la grandeur de l'Angleterre, sentit qu'il allait rester seul sur la brèche de la tribune. Il aima mieux descendre que de se démentir en négociant une paix qu'il jugeait lâche, inopportune et impolilique. Abandonné par l'Europe et déserté un à un par ses partisans dans le parlement, il se prépara à la retraite. Son coup d'ail prophétique d'homme d'État, supérieur aux faiblesses et aux caprices de son pays, lui faisait assez pressentir que la paix ne serait qu'une trêve; que si l'Angleterre ne pouvait point souffrir de rivale sur les mers, l'ambition du jeune dictateur de la France ne supporterait pas longtemps de contre-poids sur le continent, et que lui, le grand ministre de la guerre, lui Pitt, il remonterait avec la colère et le repentir de son pays. Il sortit du ministère (février 1801).

L'Europe ne manquait pas moins en ce moment à M. Pitt que l'Angleterre.

La Prusse était résignée et même obséquieuse, craignant d'offenser par le moindre mouvement, et mf«me par le moindre murmure, la susceptibilité de la France et de son chef. C'est le pays qui se plie le mieux et le plus bas devant la fortune. L'Autriche vaincue, mais non jamais découragée, venait de signer, le 1" février 1801, le traité de paix ou plutôt la capitulation de Lunéville.

Par ce traité, elle avait abandonné l'Italie, sauf le royaume de Naples et Rome, à la France, jusqu'au delà delà ligne de l'Adige. Une république italienne, sous le nom de république cisalpine, englobait Mantoue, Milan, Modène et les Légations. Le grand-duché de Toscane, apanage d'un archiduc d'Autriche, allait former un royaume d'Étrurie, donné en compensation comme fief français à la maison espagnole de Parme. Le Piémont, la Savoie, le comté de Nice, les provinces rhénanes, la Belgique, la Hollande, les îles Ioniennes, s'incorporaient, par la victoire ratiGée, à la France. L'Espagne, quoique gouvernée encore par la maison de Bourbon, se prosternait d'autant plus devant la république qu'elle avait plus à se faire pardonner le nom de sa dynastie.

Il n'existait plus en réalité en Occident que deux puissances, l'une insulaire, aussi illimitée que l'Océan, l'Angleterre; l'autre continentale, n'ayant point de limites dans son influence sur le continent jusqu'à la Vistule, la France. Et cette France avait pour tout gouvernement, non une dynastie modérée par ses traditions ou sa prudence, non un conseil délibérant, modéré par la contradiction de l'opinion publique, mais un soldat de fortune qui, après avoir tout dominé au dehors, avait tout osé au dedans, dont l'ambition évidente était supérieure même à son génie, et qui ne pouvait conserver son ascendant qu'à la condition de l'agrandir sans cesse.

Entre cette France militaire et la Russie, une Angleterre lassée, une Espagne servile, une Prusse complice, une Autriche humiliée, une Allemagne méprisée, une Hollande conquise, une Suède et un Danemark neutres, une Pologne effacée, une Turquie insultée par l'occupation sans prétexte et sans respect de l'Egypte : tel était l'horizon politique du monde, étalé sous les yeux de l'empereur Alexandre, de son vieux ministre et de ses

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