LIVRE PREMIER
à sa droite Aley, tsar de Kazan, armé d'un arc et de flèches; à sa gauche, deux jeunes princes, dont l'un enait une hache, et l'autre une masse d'armes. Sa suite était composée de plus de trois cents cavaliers.
» A l'approche de la nuit on descendait de cheval et l'on dressait des tentes dans une prairie; le grand-prince, après avoir changé d'habit, s'asseyait dans la sienne, sur un fauteuil, rassemblait ses boyards et s'entretenait gaiement avec eux sur le bon ou le mauvais succès de la chasse; des domestiques présentaient ensuite une collation, du vin et de l'hydromel. Nos plus anciens princes, Vsevolod I", Monomaque, etc., aimaient aussi le plaisir de la chasse; mais Vasili fut, dit-on, le premier qui introduisit l'usage des meutes dans ces sortes d'amusements, car les Russes avaient autrefois les chiens en horreur, les regardant comme des animaux impurs.
» La cour de* Vasili était brillante. 11 augmenta le nombre de ses officiers, en y ajoutant les inspecteurs d'armes et des chasses, les kraïtchis et les rendis. Le kraïtchi était ce que nous appelons aujourd'hui grand échanson, et on nommait rendis des écuyers choisis parmi les jeunes gens nobles, distingués par leur beauté, les traits délicats de leur physionomie, et une exacte proportion dans leur taille. Vêtus de manteaux de satin blanc, et armés de petites haches d'argent, ils marchaient devant le grand-prince lorsqu'il paraissait en public; et au palais, placés auprès de son trône, ils semblaient aux étrangers des anges descendus des cieux; à la guerre, ils étaient chargés de la garde des armes du prince.
» Humble à l'église où, éloignant sa nombreuse cour, iî restait toujours seul, près du mur, appuyé sur son bâton, Vasili aimait la magnificence dans toutes les autres assemblées solennelles, surtout dans les audiences qu'il
donnait aux ambassadeurs étrangers. Pour leur donner une grande idée de ta nombreuse population de la Russie, de la richesse de ses habitants, ainsi que de la gloire et de la puissance du grand-prince, le jour de leur pré sentation on fermait toutes les boutiques, on suspendait les travaux et les affaires; les citoyens, vêtus de leurs plus beaux habits, se pressaient en foule autour des murs du Kremlin. On faisait venir les enfants boyards de toutes les villes voisines, les troupes étaient sous les armes et les officiers les plus distingués allaient à la rencontre des ambassadeurs. Dans la salle d'audience, remplie d'une multitude de spectateurs, régnait le plus profond silence. On voyait le monarque sur son trône, ayant près de lui une image suspendue à la muraille; à sa droite était posé son bonnet, à sa gauche le sceptre. Les boyards étaient assis sur des bancs, couverts d'habits enrichis de perles, avec des bonnets fort élevés.
i Les dîners du grand-prince se prolongeaient quelquefois jusqu'à la nuit. On disposait plusieurs rangs de tables dans la grande salle ; les frères du prince ou le métropolitain occupaient les places d'honneur auprès du monarque, et plus loin se plaçaient les seigneurs et officiers, parmi lesquels on voyait aussi quelquefois de simples soldats qui s'étaient distingués par des actions d'éclat. Au milieu, sur une table plus élevée, brillaient un grand nombre de vases d'or, de coupes, de tasses. Le premier plat se composait toujours de cygnes rôtis. On présentait des coupes remplies de malvoisie et d'autres vins de Grèce. Le monarque, en signe de faveur, envoyait lui-même les mets à quelques-uns des convives; alors ils se levaient et le saluaient : les autres en faisaient autant à leur égard, et il fallait les remercier encore par des salutations particulières. Afin de chasser