LIVRE PREMIER
l'ennui, il était permis aux convives de converser librement entre eux, car Vasili aimait une conversation inspirée par la gaieté et la décence, libre de toute contrainte. Pendant le dîner, il parlait avec bonté aux étrangers, faisait l'éloge de leurs souverains ; il les engageait à rester quelque temps à Moscou, afin de sedélasser des fatigues d'un long voyage, et de reprendre de nouvelles forces pour retourner dans leur patrie; il leur adressait ensuite différentes questions, etc. »
« Quand nous revenions le soir du palais du grandprince, écrit François Da-Collo, ambassadeur de Maximilicn, les rues de Moscou étaient si bien éclairées, que la nuit ressemblait au jour. »
Outre les présents, on fournissait tous les jours aux ambassadeurs ce qui leur était nécessaire, et on aurait regardé comme une offense de leur voir acheter la moindre chose. Des fonctionnaires particuliers lisaient, pour ainsi dire, dans les yeux de ces illustres hôtes, et ils étaient responsables du plus léger sujet de mécontentement de leur part.
L'Europe de cette époque n'appelait un tel empire barbare que parce qu'il lui était inconnu.
Une régence d'Hélène, sa veuve, gouverna la minorité d'Ivan IV, fils de Vasili, qui n'avait que quatre ans à la mort de son père. Elle sacrifie sa politique à ses amours et immole son fidèle ministre pour complaire à son amant. Des supplices atroces la vengent de ses. sujets révoltés ; elle meurt du poison , dans la fleur de
sa vie, en 1538; son favori périt après elle. L'oligarchie des princes ou boyards se dispute la minorité d'Ivan IV et ensanglante Moscou de leurs dissensions. A l'âge de dix-huit ans, il se fait enfin couronner, avec une pompe moitié tartare, moitié chrétienne, dans la cathédrale de Moscou, sous le titre de tsar. Ses envoyés parcourent la Russie pour trouver une épouse digne de lui parmi les plus belles filles de l'empire. Ànastasie, fille de Roman, d'où descendent les Rbmanof, fixe leur choix et le sien. Un incendie dévore pour la troisième fois cette ville qui semble dévouée aux flammes et qui en ressort toujours plus vaste et plus riche.
« La ville entière, dit l'annaliste, et le Kremlin présentaient l'aspect d'un immense bûcher embrasé, couvert d'une fumée noire et épaisse. Les édifices en bois disparurent entièrement; ceux en pierre ne présentaient plus que des décombres; le fer étincelait comme dans une fournaise, et la force de la chaleur avait liquéfié le cuivre; le mugissement de la tempête, l'écroulement des édifices, les cris de désolation du peuple, étaient, de moments à autres, étouffés par l'explosion des poudres déposées au Kremlin et dans quelques parties de la ville. Les palais du tsar, le trésor, les choses précieuses, les armes, les images, les archives, les livres et jusqu'aux saintes reliques, tout fut détruit dans l'embrasement de Moscou!... Le métropolitain^ presque étouffé par la fumée, était encore en prières dans la basilique de l'Assomption; on fut obligé d'employer la force pour l'en faire sortir, et, comme il ne restait plus d'autre moyen de le sauver que de le faire glisser le long d'une corde à nœuds jusqu'à la Moskova, on parvint à l'y décider; mais, n'ayant pas la force de se soutenir, il fit une chute tellementdangereuse, qu'il fallut le transporter à demi mort. »