‹ Histoire de la RussieChapitre 202 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

habituelle ne promettait pas de conserver longtemps, sans l'aliéner ou sans l'inféoder à leurs voisins, une république ou une monarchie recouvrée par la grâce de leurs oppresseurs.

Le prince Adam Czartorisky, M. Soltikof et M. de No-' volitzof, après avoir débattu longtemps entre eux, devant l'empereur, les différents systèmes qui convenaient à la Russie, finirent par critiquer avec la même amertume la politique du vieux parti russe, qui poussait à un énergique antagonisme contre la France, et la politique plus récente de l'empereur Paul 1er, qui consistait dans une petite ligue maritime de la Russie, de la Suède, du Danemark, contre la domination navale de l'Angleterre.

Cette dernière politique était en effet une puérile diversion au grand drame que la France, l'Allemagne, l'Angleterre, la Russie, jouaient dans le monde. Elle affaiblissait sans résultat la terre et la mer contre la France, l'ennemi commun. Elle n'était née que d'un dépit de l'empereur Paul contre l'abandon de Souvarof par les Autrichiens, et contre quelques prétentions insolentes, mais secondaires de l'Angleterre à dominer dans la Baltique le commerce des neutres. C'était de l'humeur, ce n'était pas de la politique.

11 n'y avait que deux politiques pour l'empereur Alexandre, comme nous venons de le démontrer : être pour la France contre l'Angleterre, le continent, les monarchies ; ou être avec l'Angleterre, le continent, les monarchies, contre la France.

L'impuissance d'esprit de ces jeunes gens leur fit

imaginer un troisième plan de politique à la fois impérieuse et flottante, par lequel la Russie, tenant la balance sans tenir l'épée entre tous ces intérêts, toutes ces passions, toutes ces armées, toutes ces flottes, se déclarait, de sa pleine autorité, arbitre de la terre et de la mer. On écarta Tanin et tous les vieux ministres du conseil ; on ouvrit une carte, et on dessina, non avec l'épée, mais avec la plume, une nouvelle distribution du globe, dont les jeunes conûdents d'Alexandre furent chargés d'aller porter \ ukase absolu à Paris, à Londres et à Vienne. C'était la paix, mais c'était la paix imposée, sans discussion, aux puissances encore belligérantes.

Ce plan réconciliait d'abord la Russie, la Suède, le Danemark avec l' Angleterre, par une convention de droit maritime satisfaisant pour toutes les martres commerciales de ces nations. Il concédait, aux dépens de la Turquie, l'Égypte à la France; il abandonnait Malte aux Anglais; il couvrait le royaume de Naples de la protection absolue de la Russie; il se contentait d'une compensation territoriale quelconque à la maison de Savoie à la place de ses États d'Italie, pour l'honneur de la protection russe; il stipulait des indemnités pour les petites puissances allemandes, évincées de leur souveraineté sur la rive gauche du Rhin, laissée à la France. On abandonnait le reste au sort fait par les armes à l'Italie, à la Hollande , à la Belgique, à l'Autriche, à la Prusse. On espérait que l'Angleterre, satisfaite elle-même de ces conditions, réglerait ses propres différends avec la France, relativement aux colonies et aux mers, dans

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