‹ Histoire de la RussieChapitre 204 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

paix avec la même impatience qu'il avait prodigué la guerre, n'hésita pas pour si peu à satisfaire la vanité du tsar. Il lui envoya un autre de ses aides de camp, M. de Caulaincourt, jeune gentilhomme rattaché un des premiers au gouvernement nouveau de la France. Un traitement splendide et la faculté d'un luxe illimité autorisaient M. de Caulaincourt à représenter magnifiquement la France consulaire au couronnement d'Alexandre.

Le jeune empereur traita l'envoyé français avec la distinction et la familiarité qu'il avait déjà affectées pour son précurseur Duroc. Il semblait, dès cette époque, se ranger au nombre des enthousiastes et presque des courtisans du dictateur français. Le vieux parti russe, dans ses conseils, s'alarma de cette partialité impolitique sans réserve et presque sans dignité pour le représentant de la France. Alexandre, pour mieux témoigner son élan vers le premier consul, disgracia avec éclat tout ce qui restait des conseillers de Catherine ou de Paul l" dans le ministère. Panin, exilé dans ses terres, fut remplacé, dans la direction apparente des affaires étrangères, par le le prince Kotschoubey. L'influence du jeune parti russe, représenté par M. de Novolitzof et par le prince Adam Czartorisky, plus favori que ministre de son maître, devint toute-puissante au dedans et au dehors.

La présidence de la république cisalpine, déférée à Lyon à Bonaparte; la proclamation du consulat à vie, rapide acheminement à l'empire héréditaire ; la réunion du Piémont à la France, n'éprouvèrent à Pétersbourg ni objection ni murmure. Alexandre semblait se féliciter de tout ce qui grandissait le maître actuel de l'Occident et l'ennemi futur de son propre empire. Les prétentions rivales de la Prusse et de l'Autriche à s'emparer des possessions des électeurs ecclésiastiques, sécularisés par le traité de Luné ville, agitaient l'Allemagne, la menaçaient

d'un conflit de ses deux plus grandes puissances, et offraient à Alexandre l'occasion, ardemment désirée par lui, d'intervenir comme un des arbitres absolus dans les débats des princes allemands.

Le prince Kourakin, nommé vice-chancelier de l'empire, et complètement asservi au triumvirat des Novolitzof, des Soltikof, des Czartorisky, rêvait avec eux un remaniement de l'Allemagne, d'où le prince Czarlorisky espérait toujours voir éclore une nouvelle Pologne. Le premier consul s'était réservé, par le traité de Luné ville . l'arbitrage exclusif des indemnités germaniques à affecter aux puissances lésées par les délimitations de ce traité. La Prusse, gouvernée sous son jeune roi par M. de Haugwitz, flattait le souverain encore viager de la France d'une alliance offensive et défensive avec lui, but secret et intéressé des désirs de Bonaparte.

L'empereur d'Autriche, François II, prince terne et dissimulé par impuissance, avait confié le ministère au prince Charles, son frère, le premier général de l'Autriche, mais plus capable de stratégie que de politique. Ce prince cependant, pour contre-balancer dans la solution des prétentions germaniques l'ascendant de la Prusse appuyée sur la France, sollicitait la Russie de réclamer sa part d'arbitrage dans des distributions de territoire et de populations qui touchaient de si près aux intérêts de la cour de Pétersbourg.

Ce rôle de médiateur, qui flattait Alexandre, lui fut habilement , non-seulement concédé, mais offert par le premier consul. Alexandre, satisfait de la part tout officieuse qu'on lui offrait dans l'arbitrage, déclina les sollicitations directes de l'Autriche, et autorisa M. de Markof, son ministre à Paris, à traiter cette affaire de concert avec le cabinet des Tuileries. Après de longues conférences, où la partialité autrichienne de M. de Markof

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