LIVRE HUITIÈME
irrita violemment le premier consul , une solution , agréée à la fois par la France et par la Russie, distribua souverainement les indemnités territoriales entre les princes d'Allemagne. La constitution germanique de la diète, remaniée et réformée d'après la nouvelle distribution des territoires et des voix dans le conseil de l'empire, fut également présentée d'autorité par les deux cours réunies à la diète de Ratisbonne, avec sommation de l'accepter dans le délai de deux mois (août 1802).
L'Autriche, lésée et indignée d'une solution territoriale qui donnait, selon elle, l'ascendant à la Prusse et à la Bavière, ses antagonistes, refusa d'acquiescer à la médiation, et fit occuper militairement la ville de Passau, qui lui était refusée sur le territoire de la Bavière. Le premier consul, que tant de victoires sur l'Autriche n'avaient pas préparé à tant d'audace, répondit à l'occupation de Passau par l'envoi du général Lauriston à Munich, pour assurer l'électeur de Bavière du prochain secours d'une armée française, chargée d'accomplir par les armes la médiation conclue par la politique.
Pendant ce long débat, terminé par des transactions et des ajournements, procédés ordinaires de cette confuse et verbeuse constitution germanique, l'empereur Alexandre, quittant inopinément Pétersbourg, était accouru à Mémel pour y rencontrer le roi et la reine de Prusse, dont il désirait s'assurer l'amitié personnelle pour les combinaisons qu'il méditait de loin à l'égard de la reconstitution d'une Pologne. L'entrevue de ces deux jeunes souverains du même âge, et destinés à une longue communauté de fortune, de revers, d'humiliations et de gloire, fut décorée par la présence de la jeune reine de Prusse, la plus belle, la plus gracieuse et la plus touchante des princesses assises en ce me-
ment sur les trônes de l'Europe. Alexandre, désormais plein d'estime et de confiance dans le roi de Prusse, fut ébloui de la beauté et de l'esprit de la reine ; il conçut, dès cette époque, pour elle un dévouement respectueux et chevaleresque, qui le disposa bientôt à la défendre et plus tard à la venger, quand elle eut succombé, comme une victime antique, sous la victoire, sous l'insulte, sous l'impitoyable épée de Napoléon.
Cependant les empiétements armés du premier consul sur l'indépendance de la Suisse avaient servi de prétexte ou de motif au cabinet de Londres pour retarder indéfiniment et à la fin pour décliner formellement l'évacuation de l'île de Malte, que le traité d'Amiens neutralisait pour la liberté mutuelle de la Méditerranée. Des notes amères de langage étaient échangées entre Londres et Paris. Le premier consul, accoutumé à en appeler à son épée, parlait hautement de la possibilité d'une invasion de l'Angleterre par une flotte de bateaux plats traversant la Manche sous une brume favorable, et versant cent mille hommes sur les côtes britanniques. Il défiait l'Angleterre, dans des invectives anonymes insérées au Moniteur, de faire lever seulement un bras contre lui sur le continent.
Le ministère Addington, qui remplaçait l'interrègne de M. Pitt, accusé maintenant par les orateurs d'imprévoyance et de faiblesse, parlait enfin d'armer la flotte et la milice pour des périls dont il ne nommait pas encore l'auteur, mais qu'il désignait suffisamment dans ses réticences. M. Pitt se taisait, pour n'être pas accusé