‹ Histoire de la RussieChapitre 206 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

d'avoir coûté un jour de paix possible à son pays. M. Canning demandait résolument la guerre contre l'homme qui ne profitait de la paix que pour disposer arbitrairement, sans autre droit que ses caprices, de l'Italie, de l'Allemagne, de la Suisse, et pour changer la constitution des États alliés de l'Angleterre.

M. Fox seul , dans un langage plus récriminateur que patriotique, justifiait le premier consul, et accusait son pays d'avoir grandi la révolution en la combattant

L'éloquence de Fox n'avait d'écho qu'aux Tuileries. L'Angleterre pressentait la rupture. Dans un entretien direct que le premier consul provoqua avec lord Witworth, au commencement de 1803, il s'emporta jusqu'à menacer l'ambassadeur d'une descente armée sur les côtes d'Angleterre. Il humilia le peuple anglais, quelques jours après, dans son discours d'ouverture au corps législatif. « Il faut couvrir les traités d'un voile funèbre ! s'écria-t-il le lendemain en s'adressant, au milieu du cercle des diplomates, à lord Witworth. Malheur à çui déchire les traités! »

Le roi d'Angleterre avait adressé, de son coté, une demande de concours pour des armements nécessités par l'état de l'Europe. Cette adresse servit de texte à de nouvelles violences de récriminations dans la bouche et sous la plume du premier consul. L'ambassadeur d'Angleterre, se plaignant d'outrages de paroles qu'aucune tradition civilisée n'autorisait dans le chef d'un gouvernement envers des ministres placés sous la tutelle du droit public, déclara à M. de Talleyrand, ministre

des affaires étrangères, qu'il s'abstiendrait désormais de paraître aux Tuileries. M. de Talleyrand, partisan habile et constant de l'alliance anglaise, la seule alliance sûre pour la liberté moderne, amortit le ressentiment de l'ambassadeur et les colères du premier consul.

Mais déjà le premier consul agissait comme si la guerre était ouverte. De vaines tentatives de conciliation et l'offre faito par M. de Talleyrand de remettre Malte en dépôt entre les mains de l'empereur Alexandre ne purent prolonger une paix qui pesait à l'orgueil de l'Angleterre et à l'ambition de Napoléon. Les deux ambassadeurs, en quittant les deux capitales le même jour, emportèrent avec eux, à Londres et à Paris, les derniers gages du repos du monde.

Le premier consul fit établir six camps de vingt-cinq mille hommes chacun sur le littoral pour monter les bateaux plats destinés à l'invasion de l'Angleterre, ou pour se retourner contre l'Allemagne, si les puissances continentales embrassaient la cause du gouvernement britannique. Quatre cent cinquante mille hommes, recrutés et exercés sur toute la surface de la république, et commandés par les généraux illustrés dans les guerres de la révolution, hérissèrent la France de baïonnettes.

La disproportion des armements du premier consul avec les nécessités d'une guerre concentrée sur la Manche répandit l'inquiétude et l'agitation dans les cabinets. L'empereur d'Autriche et le prince Charles, son frère, son ministre, son général, cachèrent mal leurs ombrages; la Prusse négocia sourdement avec

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