‹ Histoire de la RussieChapitre 212 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

core, même dans la guerre, l'ambiguïté de sa nature et de son cabinet. 11 fut convenu qu'il marcherait au secours de l'Autriche, mais qu'il marcherait comme médiateur armé et non comme ennemi de Napoléon, espérant vainement, par cette puérile dissimulation de rôle, recueillir le fruit de la coalition si elle était victorieuse, éviter la punition de ses hostilités si Napoléon triomphait. Ja- * mais rôle plus complexe et plus inextricable de la comédie d'intrigue n'égala la duplicité de la Prusse, prise dans ses propres pièges enlre son honneur, ses craintes, ses ambitions, la veille d'Austerlitz. 11 n'était réservé qu'à elle-même de se surpasser encore en équivoque, en volte-face et en déshonneur politique, le lendemain.

L'empereur Alexandre accorda un mois aux tergiversations de son ami, terme après lequel la Prusse devait agir enûn avec ses nouveaux alliés contre les Français. Ce traité secret, imposé par la violence de l'opinion, consenti par la faiblesse, fut scellé enfin à Potsdam par un embrassement théâtral des deux souverains sur la tombe du grand Frédéric. Là, en présence de la reine, du prince Louis bouillant d'ardeur-, du vieux duc de Brunswick et du général Mullendorf, élèves du grand roi, l'empereur de Russie et le roi, son ami forcé, se jurèrent une amitié indissoluble et une communauté à toute épreuve de fortune heureuse ou sinistre : serment sincère dans le coeur d'Alexandre, ambigu et contraint dans celui de son ami, ardent et patriotique dans le coeur de la reine, du prince Louis de Prusse et de la jeunesse de l'armée prussienne.

L'Angleterre applaudit à cette union des deux monarques du Nord. Elle voulut la rendre indissoluble en flattant l'ambition sourde du roi de Prusse : ne pouvant lui offrir le Hanovre, propriété personnelle de son souverain George 111, elle lui offrait la Hollande, adjonction

inespérée qui faisait de la Prusse une nation maritime et commerciale, les deux aspirations jusque-là impuissantes de cetle monarchie.

Alexandre, emportant ce traité, ce serment et ces espérances, se hâta de rejoindre, le 5 novembre 1805, son armée, prête à recevoir le choc de la grande-armée de Napoléon. L'armée russe était commandée sous Alexandre par le vieux général Kutusof, sorte de contrefaçon de Potemkin, comptant sur son génie naturel, sur sa fortune, sur la solidité de ses soldats; actif seulement les jours de bataille, et perdant le reste du temps dans une superbe et orientale indolence. D'excellents généraux, tels que le prince géorgien Bagration, Miloradovitch, Doctorow, étaient ses principaux lieutenants.

Alexandre rencontra à Olmiitz l'empereur d'Autriche, fugitif de sa capitale, et fit sa jonction avec les débris encore imposants de l'armée autrichienne. Le nombre, l'élan, la renommée invincible de ses troupes, contrastaient avec le découragement des Autrichiens, déjà vaincus à Ulm et expulsés de leur capitale. Alexandre, avec la confiance de la jeunesse et par les conseils des vieux Russes, se crut prédestiné à lutter de génie avec Napoléon. Il reçut avec dédain les propositions d'accommodement que l'aide de camp Savary lui apporta de la part de l'empereur des Français. Il aurait cru manquer à la fois, en se retirant de la lutte, au serment de Potsdani, à l'empereur d'Autriche, à lui-même, et à la gloire. Il marcha avec l'empereur d'Autriche à la rencontre de Napoléon, qui l'attendait à Austerlitz, champ de bataille

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