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LIVRE HUITIÈME

immortalisé par le choc de trois armées sous trois empereurs.

La nuit du 1" décembre 1805, éclairée par les feux des bivouacs de trois cent mille hommes séparés par un ruisseau et un marais, couvait dans ses ténèbres le sort du continent. La bataille fut digne de la grandeur de la cause, de l'héroïsme des trois peuples combattant sous les yeux de leurs souverains, les Autrichiens pour le salut, les Russes pour l'honneur, les Français pour la victoire.

Le soir du 2 décembre, cinquante mille Russes, Autrichiens, Français, jonchaient, morts ou blessés, la vallée et les lacs d'Austerlitz; les deux empereurs de Russie et d'Autriche fuyaient à cheval, presque sans escorte, à travers les sentiers couverts de neige de la Moravie. Les Russes, ralliés le lendemain, n'avaient perdu que la renommée de leurs armes; les Autrichiens avaient perdu leur patrie; Napoléon avait gagné le monde. Aussi prompt à saisir la paix que la victoire, il recevait le lendemain l'empereur d'Autriche à son feu de bivouac du moulin de Paleny, lui tendait la main, l'embrassait, lui accordait la trêve. Pendant cette conférence avec 1 empereur François, Savary se rendait au camp de l'empereur Alexandre pour suspendre également les hostilités entre les Français et les Russes. Savary portait à Alexandre les consolations de Napoléon, et pour ainsi dire ses excuses de l'avoir vaincu dans une guerre qu'il appelait une guerre de fantaisie, et où le tsar était trop jeune encore pour lutter avec le vétéran des victoires.

Alexandre se retira du champ de la lutte et de la négociation. Napoléon en dicta arbitrairement les conditions à Presbourg. Il remit à l'empereur François son empire, démembré au profit de l'Italie française et des princes de la confédération du Rhin. Quant à la Prusse, il feignit d'avoir ignoré le traité de Potsdam. En recevant

les hypocrites félicitations de Frédéric-Guillaume, il ne lui infligea d'autre honte que la honte d'accepter enfin le Hanovre en toute propriété, afin que le partage des dépouilles de l'Angleterre constituât entre le cabinet de Berlin et la France victorieuse une complicité avérée de spoliation, qui rendît ce cabinet irréconciliable avec ses amis, trahis et dépouillés par lui-même.

L'histoire antique et moderne présente peu d'opprobres politiques comparables à cette diplomatie de la Prusse après Austerlitz. Ses hommes d'Éiat enlevaient d'avance à cette puissance, bientôt punie, la dignité qui s'attache à l'honneur et la pitié qui suit les revers. Alexandre, justement indigné, rentrait dans ses frontières. Napoléon, au commencement de 1806, déclarait la déchéance de la maison de Bourbon du trône de Naples, et liait par un traité plus formel et plus dégradant la Prusse à son ambition. Le roi de Prusse, cherchant à justifier sa conduite par la nécessité, envoyait à Pétersbourg le vieux duc de Brunswick, son général et son négociateur, pour expliquer sa défection. Alexandre méprisait les hommes d'État de la Prusse, plaignait son roi, admirait sa reine, et tenait au delà de son mérite l'armée prussienne, formée par le grand Frédéric. Il accueillit avec une habile indulgence le duc de Brunswick, chargé de lui montrer dans un prochain avenir une nouvelle défection de la Prusse à la nouvelle alliance française, et la revanche d'Austerlitz avec les Prussiens pour auxiliaires. « Dans ce cas, répondit-il au vieux général, j'apprendrai la guerre à votre école. »

Une troisième défection de la Prusse à ses trois alliances s'ourdit à Pétersbourg. Il fut convenu que si la Prusse était mécontente de son allié nouveau, l'empereur Napoléon, elle recourrait à Alexandre et que ce dernier lui prêterait toutes les forces de son empire.

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