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LIVRE HUITIÈME

Cependant l'Angleterre, justement soulevée contre la perfidie du cabinet prussien, qui venait de se vendre à Napoléon au prix du Hanovre, avait déclaré la guerre du mépris à la Prusse. M. Pitt venait de mourir du coup que sa politique et sa patrie avaient reçu à Austerlitz. L'ingrate Angleterre ne regretta pas assez son plus grand citoyen. M. Fox, son inégal antagoniste, eut assez peu de magnanimité pour refuser son vote à l'hommage funèbre qu'on voulait faire à M. Pitt, en payant sur le trésor public les dettes contractées par ce ministre intègre pour le service de sa patrie et les dépenses de ses funérailles. Fox, perdu lui-même de dettes contractées au jeu et dans la licence de ses débordements, contestait ainsi sans pudeur le payement de dettes contractées par le désintéressement et le patriotisme (janvier 1806).

Il succéda à M. Pitt, et se hâta d'offrir, par une négociation de paix peu décente sous la pression d'une défaite, la complaisance de l'Angleterre à la monarchie presque continentale de Napoléon. Celui-ci, dépouillé de ses moyens de lutter sur l'Océan par la bataille de Trafalgar, tombeau de la marine française et espagnole, écoutait sans empressement réel les propositions inopportunes de M. Fox. Il complétait son système dynastique par la création du royaume de Hollande pour son frère Louis Bonaparte, par le don de la couronne de Naples à son frère Joseph, par la vice-royauté d'Italie à son fils adoptif Eugène de Beauharnais; il complétait son système de renaissance féodale par l'institution de sa nouvelle noblesse, dotée des dépouilles de la guerre en

Allemagne et en Italie; enfin il complétait son système politique par la confédération du Rhin, qui retournait la moitié de l'Allemagne contre elle-même, sous le patronage de l'empereur des Français.

L'Autriche et la Prusse regardaient immobiles ces grandes menaces contre leur existence en Allemagne. Quant à l'empereur Alexandre, fléchissant lui-même devant les souvenirs d'Austerlitz et devant les adulations de M. Fox à Napoléon, il signait à Paris, le 2 juillet 1806, par la main de M. d'Oubril, son plénipotentiaire, un traité de paix avec la France. Ce traité, sans stipulation importante, n'était qu'un consentement tacite à l'omnipotence continentale de Napoléon.

Cette paix inexpliquée, et le mystère qui couvrait à Paris les négociations avec l'Angleterre, firent croire à Berlin que la Prusse, sacrifiée à la paix, allait être contrainte à restituer honteusement le Hanovre et à subir des démembrements en Allemagne. L'intérêt alarmé, l'honneur humilié, le désespoir de perdre en un jour le fruit de tant de trahisons, enfin la confiance démesurée dans ses forces jusque-là non éprouvées contre la France, arrachèrent la cour de Berlin à sa torpeur, et la précipitèrent dans les plus folles témérités. Le cri de guerre à la France retentit avec d'autant plus d'explosion qu'il avait été plus longtemps comprimé dans les âmes, et que la paix avait été achetée par de plus humiliantes complicités avec l'oppresseur du monde.

M. Fox venait de suivre dans la tombe son rival M. PitL II mourait, comme tous les hommes de pure controverse parlementaire, sans avoir aidé ni à la guerre ni à la paix, entre sa popularité compromise et son impuissance dévoilée. L'empereur Alexandre, instruit de la mort de Fox et de l'émotion de Berlin, venait de refuser de ratifier le traité de paix signé à Paris par M. d'Ou-

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