‹ Histoire de la RussieChapitre 215 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

bril. Napoléon, à ces symptômes, crut entrevoir la renaissance d'une quatrième coalition : il refusa à la Prusse de retirer ses corps d'armée de l'Allemagne. A ce refus, le roi de Prusse jeta le masque, et marcha sur Magdebourg.

Le quatrième coalition venait de naître, en effet, de la mollesse et de la mort de Fox, de la honte de la Prusse, de l'humiliation de la Russie, à qui pesait le souvenir d'Austerlitz (24 septembre 1806).

La Prusse avait aussi mal choisi l'heure de la guerre que l'heure des trahisons; elle se punissait elle-même de sa lâcheté par sa témérité. C'était le machiavélisme du grand Frédéric pratiqué par des ministres sans génie. Napoléon était plus prêt qu'il ne l'avait été à aucune époque de ses campagnes. La grande-armée occupait encore, comme gage du traité de paix avec l'Autriche, une grande partie de la basse Allemagne et toute la Hollande; cent quatre-vingt mille hommes aguerris et accoutumés à vaincre étaient cantonnés dans le Palatinat et en Franconie. Les maréchaux Rernadotte, Davoust, Soult, Lannes, Oudinot, Augereau, Murât, commandaient ces corps d'armée.

Napoléon partit de Paris le 25 septembre 1806, pour donner une âme à ce grand corps. Une proclamation martiale à ses soldats, et, cette fois, légitime dans ses invectives contre la Prusse, menaçait la cour de Berlin de l'inimitié irréconciliable d'un grand peuple, plus terrible que les tempêtes de l'Océan.

Le coup suivit de près la menace. Le jeune prince

Louis de Prusse, le plus ardent instigateur de la guerre, tomba, dans la première rencontre, sous le sabre d\m sous-officier français qui lui offrait la vie, et de qui il préféra recevoir la mort. La bataille d'Iéna emporta en deux jours l'armée et la monarchie. Le duc de Brunswick et le général Mullendorf, les deux vétérans de la gloire de la Prusse, ne veulent pas survivre à leur patrie; ils tombent l'un et l'autre mortellement blessés, en cherchant à masquer la déroule. Le roi, sans armée, et se reprochant à lui-même tant d'inutiles défections et une si tardive agression, traverse Berlin en silence. Napoléon y entre en triomphe, et enlève respectueusement à Potedam l'épée du grand Frédéric, pour en faire le trophée de sa victoire sur ses descendants. Il dirige de là son armée en trois colonnes contre les restes de l'armée prussienne. Toutes les forteresses tombent sans siège devant ses généraux ; le roi et la reine se réfugient à Kœnigsberg, à l'extrémité de leurs États.

Un mois a suffi pour anéantir cette monarchie fière de son fondateur, et celte armée que l'ombre du grand Frédéric semblait couvrir de sa renommée d'invincible. Un décret de Napoléon, daté de Berlin, déclare l'Angleterre en interdit à tous les ports de l'Europe. Ébloui lui-même de ses succès, il marche à la rencontre des Russes en Pologne. Leur armée, commandée par le général Beningsen, un des témoins du meurtre de Paul I", s'avançait, au nombre de cent vingt mille hommes, du Niémen sur la Vistule. La garde impériale russe, et quarante mille Cosaques sortis des steppes du Dniester, marchaient pour renforcer Beningsen. Ces forces, jointes aux débris de l'armée prussienne, présentaient à Napoléon une seconde armée à vaincre comme à Austerlitz.

On lui parlait de proclamer la reconstitution de la Pologne. 11 ne croyait ni à la convenance ni à la possi-

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