‹ Histoire de la RussieChapitre 216 sur 269 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

bilité de cette résurrection artificielle d'un peuple par la main de l'étranger : « Je ne proclamerai l'indépendance de la Pologne, écrivit-il, que quand je verrai tous les Polonais unis et debout. »

Le maréchal Lannes, qui le devançait en Pologne, confirmait Napoléon dans cette indifférence : « Ne jugez pas le pays, écrivait Lannes à l'empereur, par l'enthousiasme factice de quelques nobles attirés à Posen par l'amour du bruit et de la nouveauté. Ils sont au fond toujours légers, divisés, anarchiques. En voulant les reconstituer en nation, vous épuiserez inutilement le sang de la France pour une œuvre sans solidité et sans durée. <>

Les Russes abandonnèrent Varsovie le 28 novembre ; quelques-unes de leurs colonnes furent successivement battues à Czarnovo, à Nassielsk, à Pultusk, à Golymin ; mais ils reçurent des renforts de l'intérieur qui portèrent leur armée à seize mille hommes.

La force des Russes, l'inaction des Polonais, l'hiver, dont les pluies et les neiges rendaient les opérations militaires impraticables, décidèrent Napoléon à cantonner son armée, réduite par la marche du Rhin au Niémen, entre ce fleuve et la Vistule. Il séjourna lui-même une partie de l'hiver à Varsovie, et le soulèvement spontané de la Pologne se borna à quelques escadrons recrutés et commandés par le prince Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, adopté par la France et mort pour elle en combattant à Leipsig. Les coalisés, de leur côté, voulurent contraindre la Turquie à se déclarer contre Napoléon; mais les Turcs, qui préféraient la neutralité, la jugeant impossible, déclarèrent la guerre à la Russie le 7 janvier 1807. Une armée russe pénétra en Moldavie et en Valachie et s'empara de Bucharest. Elle n'alla pas plus loin, car elle fut rappelée contre les Français. La paix entre la Russie et la Porte fut signée quelques mois après, atuvn. compl. — xxxi. 28

Les manœuvres habiles et infatigables de Beningsen forcèrent Napoléon à concentrer son armée et à recevoir, le 8 février 1807, la bataille sur le plateau d'Eylau. Les Russes, supérieurs en nombre et partout vainqueurs jusqu'à la fin du jour, avaient anéanti tout le corps d'armée d'Augereau. Napoléon, placé depuis le lever du jour dans le cimetière d'Eylau, qui dominait la vallée, était entouré de morts et de blessés rapportés du champ de bataille. L'infanterie russe, précédée de cent pièces de canon, commençait à gravir la pente qui conduisait à la ville, dernier pivot des Français. Une charge désespérée de quatre-vingts escadrons, commandés par Murât, enfonce et disperse enGn les colonnes russes.

La nuit tombe sur les deux armées encore confondues, et sur cinquante mille cadavres de Russes et de Français étendus pêlc-mt'le dans la vallée d'Eylau. Les ténèbres amenèrent enfin deux puissants renforts aux ailes déjà débordées de Napoléon. Beningsen, à leur apparition, se retire en laissant la ville d'Eylau à Napoléon, mais les morts égaux et la victoire indécise.

Les bulletins spécieux de Napoléon déguisèrent mal à l'Allemagne et à la France le coup que son armée ayait reçu à Eylau. 11 avait sauvé sa gloire, mais non son prestige ; il avait trouvé enfin , dans Beningsen et dans les Russes, des soldats dignes de se mesurer avec lui. Sa correspondance avec ses ministres de Paris atteste l'impatience que lui donnait le récit véritable de la bataille d'Eylau. Ce fut un massacre, non une victoire ; mais résister aussi héroïquement aux Français était une victoire

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