‹ Histoire de la RussieChapitre 225 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Il trouva la France humiliée du rôle indigne d'un grand peuple auquel la perfidie de Bayonne avait ravalé son nom. Il entendait les premiers murmures de l'opinion publique contre l'épuisement de la population par des recrutements sans terme, pour une guerre sans autre résultat national que des trônes précaires à déférer à une famille.

Il leva cent mille hommes anticipés sur la génération qui n'atteignait l'âge de la guerre qu'en 1809 et 1810. Il ordonna à son ministre de la police de lui dresser une liste de tous les enfants de familles suspectes de froideur pour sa dynastie, âgés de seize à dix-huit ans, et de lui préparer un décret pour les incorporer de force dans ses pépinières militaires. « Si l'on fait quelque objection, écrivit-il à son ministre, il n'y a pas d'autre réponse à faire, si ce n'est que cela est mon bon plaisir. •

C'était autant d'otages de l'opinion pris en pleine civilisation dans les familles. Il rappela deux cent mille hommes aguerris d'Espagne, pour les reporter au delà du Rhin et du Danube; il les remplaça en Espagne par des soldats encore enfants. Il ordonna à son ambassadeur à Vienne de rentrer en France. Il somma l'empereur Alexandre d'exécuter les conditions absolues du traité d'Erfurt, et de peser sur l'Autriche par le nord pendant qu'il l'écraserait par le midi.

Alexandre, embarrassé en Finlande de la lenteur de sa conquête sur la Suède, était mécontent de l'insuffisance du prix que Napoléon avait mis à sa coopération dans les provinces danubiennes, et des réserves qu'on œovb. coma. — xxxi. 29

lui imposait encore du côté de Constantinople. Il s'affligeait de la nécessité de concourir à une guerre sans fruit et sans dignité pour lui contre l'Autriche; il demandait à Napoléon des engagements formels contre le rétablissement de la Pologne indépendante ou française.

Napoléon lui abandonnait sans peine, quoique sans dignité, une nation dont il n'avait jamais employé le nom que comme une menace vaine à la Russie, à l'Autriche, à la Prusse; enfin il forçait, par une apostrophe foudroyante en pleine cour, M. de Metternich à emporter à Vienne les dernières espérances de paix; et il partait de Paris le 12 avril 1809, au bruit du passage de l'Inn par les Autrichiens, entrés en Bavière.

Le génie du soldat fit oublier, dans cette mémorable campagne de 1809, les fautes du politique. La rapide concentration de deux cent mille Français et de cent mille auxiliaires de la confédération du Rhin , la marche de cent mille autres Français ou Italiens, de Milan par le Tyrol sur la Hongrie, la bataille de trois jours sous Ratisbonne, la retraite pas à pas, mais militaire et sans déroute, de l'archiduc Charles sur la Bohême, lui ouvrirent une seconde fois en un mois le cœur de la monarchie et les murs de Vienne.

La bataille indécise quoique si meurtrière d'Essling. la victoire acharnée mais décisive de Wagram, la seconde paix de Vienne du 14 octobre 1809, paix moins exigeante déjà que la déclaration de guerre; le retour de Napoléon à Paris, ses désastres croissants en Espagne, son enlèvement du pape de Rome, sa réunion de l'État romain à l'empire, son divorce, son nouveau mariage avec une archiduchesse d'Autriche, principale dépouille de la guerre de 1809; son refroidissement pour Alexandre, qui l'avait peu ou mal secondé pen-

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