‹ Histoire de la RussieChapitre 231 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

déroute! Et c'était là toute la grande-armée. Deux rois, un prince, huit maréchaux suivis de quelques officiers, des généraux à pied, dispersés et sans suite, enfin quelques centaines d'hommes de la vieille garde encore armés, étaient ses seuls restes! »

« Il n'est plus possible de servir un insensé! h s'écriait Murât, chargé par Napoléon de' rallier les débris dans ce même Tilsitt où, deux années auparavant, Napoléon avait foudroyé de sa gloire et de son bonheur le roi et la reine de Prusse, et enchaîné Alexandre lui-même à sa fortune. Mais Murât était pressé de trahir et de se réfugier lui-même sur son trône, déjà menacé par le contre-coup de Moscou.

« Le ralliement de l'armée sur la Vistule, dont Napoléon entretenait Paris dans ses bulletins et dans ses discours, était illusoire, dit le même historien. La vieille garde, naguère de trente-cinq mille hommes, ne comptait plus que cinq cents combattants; la jeune garde, presque aucun; le premier corps d'armée, dix- huit cents; le second, mille; le troisième, seize cents; le quatrième, dix-sept cents : encore la plupart de ces soldats, restes de six cent mille hommes, pouvaient-ils à peine se servir de leurs armes. »

La Prusse et l'Allemagne, dégagées par la fortune de l'alliance forcée que la victoire leur avait imposée, se sentaient affranchies, malgré leurs rois, par la défaite. Tout se soulevait sous les pas du vaincu. Alexandre signait, peu de jours après (28 février 1813), le traité de Kalisch avec le roi de Prusse. II s'engageait à fournir

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cent cinquante mille Russes à la coalition; la Prusse en fournissait cent mille. Bernadotte lui-même, le premier transfuge couronné de la France, se liguait avec Alexandre au prix de la Norwége promise à la Suède. La Saxe avait éclaté d'elle-même, et forcé son roi à sortir de sa capitale, pour le punir de sa fidélité aux malheurs de Napoléon. L'Autriche, liée par le mariage, déliée par la déroute de Moscou, se couvrait encore d'apparences amicales en méditant et en préparant la défection.

Napoléon avait retrouvé une seconde grande-armée en France, mais c'était une grande-armée d'enfants; son obstination à ne pas rappeler ses vieilles troupes d'Espagne et à ne pas replier ses garnisons de la Prusse le condamnait à combattre avec des soldats novices. Ses vétérans jonebaient les neiges de Russie, ou restaient inutiles à sa cause dans les villes conquises du Nord, d'Espagne, d'Italie. Il périssait tout entier, pour n'avoir pas consenti à faire sa part à là fortune. Les batailles de Lutzen, de Bautzen, de Dresde, dans la campagne de 4813, lui firent un moment illusion. Le congrès de Prague, où l'Autriche et la Prusse lui redemandaient leur démembrement, le détrompa : toutes ces puissances si longtemps humiliées se groupèrent autour des négociateurs d'Alexandre, devenu l'Agamemnon des rois et des peuples. Le rjlc qu'il aurait dû prendre pour la Russie et pour lui, au commencement de son règne, lui était rendu tardivement et malgré lui par Napoléon. Le conquérant était allé follement chercher le vengeur de l'Europe au fond de ses déserts. De ce jour, Alexandre, repentant de ses faiblesses et de ses complicités avec l'oppresseur de l'Allemagne, comprit son rôle et ne le démentit p!us. La Russie, parla politique de Napoléon, devint l'arbitre de l'Europe. Il l'avait rappelée lui-même d'Orient en Occident; il avait mûri de trois siècles, en

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