LIVRE NEUVIÈME
rapides voyages d'une extrémité de son empire à l'autre; sa présence au congrès d Aix-la-Chapelle, en 1818, pour presser la libération du sol français, occupé encore en partie depuis 1815; son apparition à Varsovie, en 1820, pour y apaiser les explosions ordinaires du patriotisme turbulent de la Pologne ; son assistance aux congrès de ïroppau et de Laybacli, en 1821, pour s'y concerter avec les membres de la Sainte-Alliance sur les révolutions de Naples et du Piémont, qui agitaient l ltalie et la Grèce; enfin sa présence au congrès de Vérone, en 1822, pour y décider l'intervention de la Sainte-Alliance en Espagne contre une révolution qui donnait aux peuples voisins le second exemple de la dégradation, de la captivité et peut-être de l'échafaud des rois : toutes ces agitations, tous ces ébranlements, toutes ces aspirations des peuples à un ordre nouveau qui dépassait le libéralisme monarchique du chef de la Sainte- Alliance, transformaient peu à peu en déceptions et en colère les espérances juvéniles du tsar dans la raison des peuples et dans la stabilité des rois.
Il voulut Dtre l'arbitre de l'opinion de l'Occident, comme il avait été l'arbitre des puissances. L'opinion lui échappait : ne pouvant la modérer par la raison, il se décidait à la dompter par la force. L'inquiétude que lui causait la France comblée par lui de libertés constitutionnelles en 1814 et en 1815, et maintenant agitée soi:s les Bourbons par la coalition du bonapartisme républicain e4 du républicanisme bonapartiste; l'insurrection des Grecs, fomentée jadis par Catherine H, et qui se croyaient en droit de demander le même appui à son petit-fils; les républiques espagnoles naissant et mourant pour renaître dans le nouveau monde, les turbulences de Rome, les convulsions de Madrid,* les secousses de Turin, les sociétés secrètes propageant
partout, en Allemagne et jusque dans les armées de la Russie, les principes d'une contre-sainte-alliance des peuples, préoccupaient douloureusement l'âme et le cabinet d'Alexandre.
Ses entretiens avec M. de Montmorency et avec M. de Chateaubriand, plénipotentiaires de Louis XVIII au congrès de Vérone, sont les meilleurs documents de l'histoire pour attester les causes et les progrès du changement de l'empereur de Russie.
Après avoir pris le rôle d'émancipateur des nations contre le despotisme et l'opprossion de Napoléon, après avoir évoqué la liberté pour combattre contre l'asservissement de lEurope, il prenait à regret le rôle de modérateur armé des peuples et d'antagoniste oppresseur de la liberté.
La France plaidait devant Alexandre, au congrès, contre l'Angleterre indécise ou équivoque, la cause de l'intervention monarchique en Espagne.
« Préoccupé de la guerre d*Espagne, dit M. de Chateaubriand, n'y voyant d'obstacle dangereux que la jalousie britannique, nous nous efforçâmes de gagner un peu Alexandre, afin de l'opposer aux malignités du cabinet de Londres.
» Dans nos diverses conversations, nous lui parlâmes de tout. Nous lui témoignâmes notre opposition aux traités de Vienne ; il ne pensa pas devoir s'expliquer, il se contenta de nous répondre : « Vous vous trouviez » mfeux du traité de Paris. »
» A propos de la Pologne, nous osâmes lui en repré-