‹ Histoire de la RussieChapitre 237 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

■ — .le suis bien aise que vous soyez venu à Vérone, » afin de rendre témoignage à la vérité. Auriez-vous cru, » comme le disent nos ennemis, que l'alliance est un mot » qui ne sert qu'à couvrir des ambitions? Cela peut-être » eût été vrai dans l'ancien état des choses; mais il s'agit

• bien aujourd'hui de quelques intérêts particuliers, » quand le monde civilisé est en péril! Il ne. peut plus y

• avoir de politique anglaise, française, russe, prus- » sienne, autrichienne; il n'y a plus qu'une politique » générale.qui doit, pour le salut de tous, être admise en » commun par les peuples et par les rois. C'est à moi de

• me montrer le premier convaincu des principes sur les- » quels j'ai fondé l'alliance. Une occasion s'est présentée: » le soulèvement de la Grèce. Rien sans doute ne parais- » sait être plus dans mes intérêts, dans ceux de mes » peuples, dans l'opinion de mon pays, qu'une guerre » religieuse contre la Turquie; mais j'ai cru remarquer » dans les troubles du Péloponèse le signe révolution- » naire. Dès lors, je me suis abstenu. Que n'a-t-on point » fait pour rompre l'alliance? On a cherché tour à tour à » me donner des préventions et à blesser mon amour-

• propre; on m'a outragé ouvertement. On me connais-

• sait bien mal, si on a cru que mes principes ne tenaient » qu'à des vanités, ou pouvaient céder à des ressenti- » ments. Nor , je ne me séparerai jamais des monarques » auxquels je suis uni. Il doit être permis aux rois d'avoir » des alliances publiques, pour se défendre contre les » sociétés secrètes. Qu'est-ce qui pourrait me tenter? » Qu'ai-je besoin d'accroître mon empire? La Providence » n'a pas mis à mes ordres huit cent mille soldats pour » satisfaire mon ambition, mais pour protéger la religion, » la morale et la justice, et pour faire régner ces prin- » cipes d'ordre sur lesquels repose la société humaine. »

» Vers la fin de notre dernière conversation avec

Alexandre, à Vérone, la mélancolie, à laquelle il était sujet, le gagna : il se tut; nous gardâmes le silence.

» Des bruits des complots militaires qui le menaçaient étaient déjà parvenus jusqu'à l'empereur : de jeunes officiers avaient puisé dans ses propres sentiments l'amour de la liberté. Auteur du mal ou du bien que l'on tournait contre sa puissance, il s'éloignait pour se donner à ses compassions accoutumées, et pour n'être pas oblige d'agir avec trop de sévérité. En môme temps ses idées le tourmentaient; il ne savait s'il ne devait pas se mettre à la tête des réformes : il entendait le siècle marcher dans les steppes de la Russie, et la Grèce l'appeler d'une voix plaintive. Mais, cherchant la volonté de Dieu sans la démêler, il craignait de s'engager dans une fausse route, de favoriser ces innovations qui déjà avaient fait tant de victimes et si peu d'heureux. »

Aucune conjecture historique sur la nature des sentiments qui modifièrent, à la fin de son règne, non le cœur mais la politique de l'empereur Alexandre, ne peut valoir ces confidences de sa propre bouche. On sait comment ces pensées ajournèrent la révolution grecque avec un désintéressement d'ambition qui démentit la perversité de la politique de Catherine 11, sauvèrent l'empire ottoman, rétablirent la domination illibéralc de l'Autriche en Italie, préservèrent l'Espagne de l'anarchie, mais en la rejetant dans la servitude, comprimèrent, sans les étouffer, les germes révolutionnaires en France et en Allemagne; et enfin maintinrent l'Europe quelques années de plus dans une Oicillation douteuse entre la sainte

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