‹ Histoire de la RussieChapitre 240 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

» Les relations d'Alexandre avec madame de Krudner, ses fréquentes lectures de la Bible, ses méditations solitaires, • ne l'avaient pas ébranlé dans son attachement à la foi de son peuple. Chrétien orthodoxe, il se plaçait personnellement au-dessus des distinctions confessionnelles, le fond de la doctrine ecclésiastique étant le même chez les catholiques, les Grecs et les protestants, avec lesquels, par cette raison, il lui était facile de se sentir en communion; mais, comme chef de l'Église gréco-russe, dans laquelle d'ailleurs il avait été élevé, il se faisait un devoir d'en suivre les pratiques, et de donner à ses sujets l'exemple d'une soumission filiale aux lois de leur mère commune. Il s'était donc habitué à prendre pour point de départ de chacun de ses voyages la cathédrale de Notre-Dame de Kasan, ouverte et bénie sous son règne. Cette fois, le départ devait avoir lieu le 13 septembre, c'est-à-dire le i,r d'après le calendrier Julien, toujours en vigueur chez les Russes comme chez tous les chrétiens d'Orient non soumis au pape. Or, le 30 août, vieux style, l'Église russe célèbre la fête de saint Alexandre-Newski, en commémoration de la translation des reliques de ce grand prince, de Wladimir sur les bords de la Néwa. Ce jour-là, tout le clergé se rend en procession de Notre-Dame de Kasan au monastère de premier ordre de la Sainte-Laure, jadis construit par Pierre le Grand à l'endroit où il avait fait débarquer ces reliques. Suivant l'usage, la famille impériale va assister à la sainte liturgie dans la cathédrale du couvent.

» Alexandre s'y rendit, et, avant de quitter le saint lieu, il prévint le métropolitain, chef du diocèse, et archimandrite de Sainte-Laure, qu'il y reviendrait le surlendemain, jour de son départ. C'était déjà une nouvelle inattendue, puisque, comme nous l'avons dit,

l'empereur, en partant pour un voyage, avait L'habitude de faire sa prière à Notre-Dame de Kazan ; mais Alexandre étonna de plus en plus le premier pasteur de son peuple, en le priant de célébrer à son intention, et dès quatre heures du matin, personnellement et avec la confrérie tout entière, un Te Deum, dit le rapport officiel, mais, suivant les bruits populaires, un service des morts; ajoutant (et ceci est répété dans le rapport) qu'il était inutile que personne connût son projet ni le fait même de cette visite quand elle aurait eu lieu. En effet, Alexandre songeait à la "mort, et c'est comme asile de la mort qu'il avait choisi Saint-Alexandre-Newski. L'enceinte de ce couvent, objet d'une grande vénération, est un lieu de sépulture pour les familles riches ou illustres; plusieurs membres de la famille régnante même, qui n'ont point porté la couronne, y sont inhumés.

d Au jour indiqué, le vénérable Séraphim l'attendit dès l'aube, à la tête des moines de la confrérie, tous portant leurs ornements de deuil; car, malgré une visite si auguste, le métropolitain n'avait pas jugé convenable de choisir les vêtements les plus pompeux le jour où ses religieux et lui se préparaient à prendre congé, comme des enfants de leur bon père, du monarque prêt à partir pour une absence, fût-elle même, comme on le pensait, de courte durée.

» A cette époque de l'année, les nuits boréales ont déjà perdu cette remarquable transparence qui, pendant les mois de juin et de juillet, en fait comme des jours sans soleil. Pétersbourg était encore enveloppé dans l'obscurité, lorsque l'autocrate parcourut la large et magnifique rue qui de la place de l'amirauté s'étend jusqu'au monastère de Saint-Alexandre-Newski, dont elle porte le nom, formant d'abord une perspective d'une

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