‹ Histoire de la RussieChapitre 241 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

<lemi-lieue de long, puis se détournant à gauche pour rejoindre la Néwa et aboutir à la Sainte-Laure. Quand il parut à la porte de l'enceinte sacrée, l'aurore commençait à peine à colorer le ciel de ses premiers feux. Il était seul dans sa calèche, attelée de trois chevaux de front {troïka)\ pas un domestique ne l'accompagnait. Vêtu d'une simple capote d'uniforme, sans épée, la casquette militaire dite foarashka sur la tête, il était enveloppé dans son manteau. Il mit aussitôt pied à terre, baisa la croix, gage de salut pour le chrétien, que le métropolitain lui présentait, et reçut la bénédiction du vieillard. La confrérie l'entoura, entonna le cantique : Dieu sauve ton peuple! et le chef du clergé conduisit l'empereur, par la cour, vers le portail de la cathédrale. Les portes extérieures furent soigneusement refermées. Le cortège franchit le parvis de ce beau temple, entra sous la voûte simple mais élégante qui le surmonte, et s'avança vers le pompeux mausolée du saint guerrier, construit, comme on sait, en argent massif et ciselé. Dans ce monument est placé, en forme de prie-Dieu , une espèce de reliquaire renfermant quelques restes de la dépouille mortelle du héros, et objet des plus fervents hommages de la part des fidèles. S'arrêtant près de ces reliques , le prélat récita la prière pour les voyageurs. Une messe fut dite; et, au moment de la lecture de l'Évangile, s'avançant vers les portes ouverte de l'iconostase, Alexandre s'agenouilla devant l'autel, et pria le métropolitain de poser sur sa tête le volume sacré, enrichi d'ornements précieux. Après l'office terminé, Alexandre se releva, baisa la croix vivifiante, et Séraphim le bénit avec une image du Christ destinée à l'accompagner dans son voyage. Alexandre pressa ses lèvres sur le talisman du chrétien, et pria ensuite le protodiacre de le faire porter à sa calèche.

Puis, après avoir achevé ses dévotions devant les reliques du saint guerrier, il s'avança vers le portail et prit congé de l'assistance. La confrérie, en faisant cortège, au monarque, chanta de*nouveau : Dieu sauve ton peuple!

y Arrivés dans la cour, Séraphim hasarda l'inTÏtation que Sa Majesté daignât venir se reposer dans sa cellule. « Bien! répondit Alexandre, mais seulement pour quel- » ques minutes, car déjà je suis en retard d'une demi- » heure. » Tout le cortège se dirigea donc vers l'appartement du premier pasteur. On entra d'abord dans le salon, d'où le vieillard introduisit Alexandre dans une pièce attenante, dont il referma la porte sur eux. Après un court entretien, on proposa à l'empereur de visiter dans sa cellule un saint moine qu'on prétendait doué du don de prophétie. Alexandre fut frappé, en entrant dans la cellule de l'anachorète, de voir pour unique meuble un cercueil qui servait de couche au moine, au pied d'un immense crucifix de bois. On laissa seul le moine et l'empereur. Les paroles prononcées par le cénobite restèrent un mystère entre des deux interlocuteurs.

» — Que n'ai-je connu plus tôt ce vieillard auguste ! dit l'empereur en sortant de la cellule. Ah! priez, priez » pour moi et pour mon épouse ! » répéta-t-il en prenant congé du métropolitain et des moines.

«Les chevaux l'entraînèrent; mais, restant tête nue jusqu'à ce qu'il eût franchi le seuil de l'enceinte, il se retourna plusieurs fois en saluant, s'inclina vers la cathédrale, et lit à différentes reprises le signe de la croix.

» Ce fut encore un moment plein d'émotion que celui où il franchit la barrière. 11 allait s'éloigner pour longtemps, peut-être pour toujours, de sa capitale chérie. Elle était éclairée des premiers rayons d'un soleil d'au-

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