‹ Histoire de la RussieChapitre 248 sur 269 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

vier 1823, confirmait pour la première fois la rumeur sourde du palais par une pièce authentique.

« Sire,

• Encouragé par toutes les preuves des dispositions infiniment bienveillantes de Votre Majesté Impériale à mon égard, j'ose y recourir encore une fois et déposer à vos pieds, Sire, une très-humble prière.

» Ne reconnaissant en moi ni le génie, ni les talents, ni la force nécessaire, je supplie Votre Majesté impériale de transférer ce droit à celui à qui il appartient après moi, et d'assurer ainsi pour toujours la stabilité de l'empire. Quant à moi, j'ajouterai par cette renonciation une nouvelle garantie et une nouvelle force à l'engagement que j'ai spontanément et solennellement contracté à l'occasion de mon divorce avec ma première épouse. Toutes les circonstances de ma situation actuelle me portent de plus en plus k cette mesure, qui prouvera à l'empire et au monde entier la sincérité de mes sentiments.

» Daignez, Sire, agréer avec bonté ma prière; daignez contribuer à ce que notre auguste mère veuille y adhérer, et sanctionnez-la de votre assentiment impérial. Dans la sphère de la vie privée, je m'efforcerai toujours de servir d'exemple à vos fidèles sujets, à tous ceux qu'anime l'amour de notre chère patrie.

» Je suis avec un profond respect, Sire, » etc. »

La seconde pièce était une lettre d'Alexandre, en réponse à celle de Constantin, une acceptation pure et simple de sa renonciation. Elle portait la date de Saint- Pétersbourg, le 14 février 1823. Nous y reviendrons plus loin.

La troisième était un acte public rendu en considéra-

lion de ces deux lettres. Voici la substance de ce manifeste , dont nous avons déjà fait connaître la date : 1 1° L'acte spontané par lequel notre frère puîné, le tsarewitz et grand-duc Constantin, renonce à ses droits sur le trône de toutes les Russies, est et demeure Gxe et invariable. Ledit acte de renonciation sera, pour que la notoriété en soit assurée, conservé à la grande cathédrale de l'Assomption, à Moscou, et dans les trois hautes administrations de notre empire, au saint synode, au conseil de l'empire, et au sénat dirigeant; 2° en conséquence de ces dispositions, et conformément à la stricte teneur de l'acte sur la succession au trône, est reconnu pour notre héritier notre second frère, le grand -duc Nicolas. » La conclusion de cette pièce, quoique sans intérêt relativement à la question politique, mérite ce- . pendant encore d'être reproduite : t Quant à nous, écrivait Alexandre, nous prions tous nos fidèles sujets qu'avec ce môme sentiment d'amour qui nous faisait considérer comme notre premier bien sur la terre le soin que nous avions de leur constante prospérité, ils adressent de ferventes prières à Notre -Seigneur Jésus- Christ, afin qu'il daigne, dans sa miséricorde infinie, recevoir notre âme en son royaume éternel. »

Le sénat, à la lecture de ces pièces, ne douta pas qu'elles ne fussent connues du prince à qui la renonciation de Constantin déférait l'empire. Il se transporta en corps au palais d'Hiver pour prêter serment au grandduc Nicolas. Mais ce prince, frère aussi loyal que fils respectueux, écarta la couronne qu'on venait lui offrir.

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