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LIVRE DIXIÈME

à faire éclater le mouvement. Nous verrons bientôt leur inopportunité, leur ruine et leur écbafaud. Retournons à Pétersbourg.

Telles étaient les vastes trames, trop diverses et trop étendues sur une trop immense surface, qui se renouaient, du midi au nord de la Russie, à la trame centrale de Pétersbourg.

Tout était avorté au midi la veille du jour où Ryléïef et ses complices allaient tenter de surprendre l'empire en plein interrègne, et d'exploiter au profit d'une révolution nationale un combat imprudent de désintéressement entre deux tsars.

Les conjurés, réunis le 25 au soir chez Ryléïef, informés du serment que les grands corps de l'État venaient de prêter, du manifeste de l'empereur qui allait paraître et de la proclamation de Nicolas, qu'on allait le lendemain demander aux troupes, résolurent de profiter de la dernière heure offerte par le hasard à leurs desseins. L'ignorance où était le peuple des véritables dispositions de Constantin, héritier de droit qu'on croyait supplanté par un héritier de faveur, la popularité soldatesque de ce nom de Constantin, cher aux barbares par la barbarie même de son apparence, la confusion d'un tel moment, l'explication difficile à donner et à entendre, le peuple ému, la cour inquiète, les troupes sous les armes, les cris demandés et répondus par des cris contraires, enfin le grand nombre de conjurés répandus dans les casernes et dans les groupes, tout donnait le signal et la confiance aux conspirateurs. Le nom de Constantin qu'ils abhorraient devint leur mot d'ordre. Une fois la guerre civile organisée sous deux noms de tsars opposés l'un à l'autre, il n'était pas difficile d'en faire sortir un troisième cri, celui de constitution, de république, de dictateur.

Le prince Troubetskoï, le prince Obolenski, les frères Bestoujef, Jaeoubovitch , Kakhofski, Batenkof, Stenheil, le comte Konovnitzin, les comtes Poustchin et Repin , Sbuthof et Arbouzof, officiers des gardes, le prince Odoïefski, poète et soldat du sang royal de Rurik, assistaient avec beaucoup d'autres à la délibération. Elle fut courte et pressée par l'heure. La nuit s'écoulait et ne devait pas laisser un autre jour au succès. On adopta d'urgence les idées mûries et le plan simple de Ryléïef.

« Je passe le Rubicon, et je sabre tout devant moi! s'écria l'impatient Bestoujef, irrité de quelques objections inopportunes.

» — La fortune décidera ce que nous ferons ensuite de l'empire, dit Ryléïef : commençons par l'enlever aux deux tsars. •

On vint leur annoncer qu'un complice, le lieutenant Rostolozof, avait tout avoué à l'empereur.

« Nous sommes trahis, vous le voyez! dit Ryléïef. La cour sait beaucoup, mais elle ne sait pas tout; le temps nous reste.

» — Oui, oui, s'écrièrent-ils tous : les lames sont hors des fourreaux, nous ne pouvons plus cacher nos sabres. »

L'extrémité du péril changea même le cœur de Ryléïef au moment suprême. Il admit à regret l'éventualité du régicide, si le régicide était nécessaire pour faire triompher le complot.

« Cher ami, dit-il en serrant dans ses bras Kakhofski, un de ces hommes qui n'ont de conscience que le fanatisme de leur parti, tu n'as ni femme ni enfant, ni père ni mère : c'est à toi à te sacrifier à la patrie et à nous débarrasser de l'empereur. »

Le prince Troubetskoï fut élu à l'unanimité dictateur:

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