‹ Histoire de la RussieChapitre 26 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

transformé en monastère, Goudounof continue d'un esprit supérieur et d'une main énergique les pensées d'Ivan. Cette régence eot le plus beau règne de la première dynastie des tsars de Moscou. Les historiens de Russie qui ont écrit leurs annales sous la dynastie des Romanof chargent la mémoire de Goudounof de perfidies, de meurtres et de trahisons que rien ne justifie dans son caractère. 11 donne un patriarche à l'Église russe pour l'empêcher de tomber sous la servitude de l'Eglise grecque ou de l'Église romaine. Il éloigne de Moscou, disent ces chroniques, la tsarine douairière, veuve d'Ivan, avec son fils Dimitri, âgé de sept ans, successeur éventuel de Fédor, dont le mariage était jusque-là stérile. Goudounof, selon ses accusateurs, conspirait la mort du jeune Dimitri, afin de prétendre lui-même à la couronne des tsars à la mort de Fédor.

Le récit de la légende de Dimitri est une des scènes les plus pathétiques de l'histoire de Russie. Nous la reproduisons sans y croire.

Le samedi 15 mai 1591, dès la sixième heure du jour, la tsarine revenait de l'église avec son fils et se préparait à dîner. Ses frères ne se trouvaient pas au palais; les domestiques étaient occupés à servir. Dans cet instant, la gouvernante VolokholT appelle Dimitri pour le faire promener dans la cour; la tsarine qui voulait le suivre, malheureusement distraite de celte idée, s'arrête. La nourrice voulait retenir le tsarewitch sans aucun motif dont elle pût se rendre compte, mais la gouvernante l'entraîne par force dans le vestibule et, de là, sur l'escalier, où ils rencontrèrent Joseph Volokhoff, Daniel Biliagofsky et Katchaloff. Le premier, en prenant Dimitri par la main, lui dit : « Seigneur, vous avez un nouveau collier. • L'enfant, en levant la tête, et avec le

sourire de l'innocence, lui répond : « Non, c'est l'ancien. »> Dans ce moment, le fer assassin le frappe; mais, après avoir à peine effleuré la gorge du prince, il tombe des mains de Voloklioff. La nourrice jette des cris d'effroi, en serrant dans ses bras l'enfant souverain. Volokboff prend la fuite; mais Daniel Bitiagofsky et Katchalolï arrachent le tsarewitch à sa nourrice, le poignardent, et se précipitent au bas de l'escalier, au moment même où la tsarine y arrivait, sortant du vestibule. Le jeune martyr, âgé de neuf ans, était étendu ensanglanté dans les bras de celle qui l'avait nourri, et qui avait voulu le défendre aux dépens de sa vie. Il palpitait comme une colombe, et il exhala son dernier soupir sans entendre les lamentations de sa mère au désespoir. La nourrice montrait du doigt l'infâme gouvernante, troublée par le crime, et les assassins qui traversaient la cour. Personne ne se trouva là pour les amter; mais le vengeur céleste était présent.

Fédor meurt en 1598 ; le peuple et les boyards prélent serment à la tsarine sa veuve, sœur du régent Goudounof. Elle renonce au trône et se retire dans un couvent. Goudounof l'y suit pour lui persuader de reprendre le sceptre. L'empire, sans prince, sans tsarine et sans régent, tremble de retomber dans l'anarchie. Le clergé, les boyards, le peuple, assiègent les portes du couvent pour contraindre Goudounof à continuer le règne sous le titre de tsar. Il refuse avec une habile obstination jusqu'à ce que le cri de la Russie entière le proclame

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