IVRE PREMIER
posture. Les villes lui ouvrent leurs portes et lui livrent leurs magistrats enchaînés. Novogorod s'apprête à le recevoir en souverain. Campé sous les murs de cette capitale défendue seulement par les strélitz, il attend l'armée de Goudounof et triomphe dans une première bataille. Mais les inconstants Polonais et son beau-père lui-même, le prince Mnischek, l'abandonnent aussi légèrement qu'ils l'avaient adopté. Défait dans une seconde bataille, il s'enfuit sur un cheval blessé chez les Cosaques du Don, et continue de là à agiter l'empire. Goudounof meurt avant l'âge, en 1605, en recommandant son fils au peuple de Moscou.
Le jeune tsar Fédor,. fils de Goudounof, nomme généralissime l'intrépide Basmanoff, défenseur et sauveur de Novogorod. Basmanoff, homme énergique dans le combat, nul au conseil, arrive à l'armée dévouée à Fédor, trouve l'armée travaillée par les proclamations de Dimitri et prête à trahir; il se hâte de devancer ses soldats en trahissant le prince Fédor. Il proclame Dimitri souverain de Moscou et tsar de toutes les Russie?.
Le prince Galitzin se fait garrotter par ses serviteurs, afin de paraître céder à la violence en trahissant son devoir et son serment. L'imposteur, appelé et salué par l'armée, s'avance avec cent mille hommes contre Moscou. Le peuple ému par son approche s'ameute, escalade le Kremlin, jette, chargé de chaînes, dans un cachot, le jeune tsar légitime, semblable à un ange d'innocence et de beauté, disent les témoins, sa mère et sa sœur. On traîne
cheveux dans la poussière le patriarche revêtu de ses habits pontificaux, qui résiste seul à l'imposture triomphante.
Le faux Dimitri entre enfin dans Moscou. Son premier acte est d'immoler à son ambition satisfaite et à sa fortune future le jeune tsar Fédor, sa mère Marie, sa sœur Xénie. L'pmbre d'un monastère ne lui promet pas une garantie suffisante contre le désillusionnemcnt du peuple russe et contre leur retour. Les princes Galitzin , Massalsky entrent avec une poignée de féroces strélitz dans la petite maison du Kremlin, où ces trois infortunées victimes attendaient leur sort. Fédor et sa sœur Xénie, assis aux pieds de leur mère, priaient Dieu les mains jointes sur les genoux de Marie. Ils se jettent, à l'aspect des bourreaux, dans le sein de leur mère. Les strélitz les en arrachent, et, les traînant tous trois dans des chambres séparées, étranglent la veuve de Goudounof. Fédor lutte avec toute la vigueur de l'âge et du désespoir contre quatre assassins. Il succombe enfin, et les bourreaux jettent dans la cour son cadavre sur celui de sa • mère. Par un supplice pire que la mort, la fille de Goudounof, Xénie, dont la beauté éveille la convoitise du barbare Dimitri, est donnée ensuite par lui en esclave au prince Massolsky (juin 1 60/») . Ainsi finit la dynastie de Boris-Goudounof, élevée par un crime imaginaire, éteinte par le plus odieux de tous les crimes.
« Le temps de la paix , de l'amour et de la joie est arrivé, • écrivent au faux Dimitri les princes de Moscou