‹ Histoire de la RussieChapitre 30 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de grillages en argent, et les serrures des portes étaient dorées. A la grande surprise des Moscovites, il "fit placer devant cette habitation favorite l'image sculptée du gardien des enfers, un énorme Cerbère en bronze, dont les trois gueules s'ouvraient et I lissaient au plus léger attouchement. « Par cet emblème, disent les annalistes, le faux Dimitri présageait la demeure qu'il aurait dans l'éternité : l'enfer et les ténèbres. •

Agissant ainsi contre les usages russes et contre la prudence, le faux Dimitri méprisait également les principes les plus sacrés de la morale. 11 ne voulait point réprimer ses passions, il violait publiquement les lois de la chasteté et de la décence, comme pour ressembler par là à son père prétendu. Il reprend au prince Massalsky l'infortunée Xénie, fille et sœur de ses victimes, et la force de partager sa couche.

Reconnu par un moine de son ancien couvent, des doutes commencent à s'élever sur son imposture. Le moine indiscret est étranglé dans sa prison. Un de ses principaux complices, le prince Scliouisky, laisse éclater ses remords et confesse tout bas que la Russie est aux pieds d'un imposteur. Enfin son père, sa mère véritables, ses oncles viennent à Moscou, le voient et le reconnaissent; l'exil en Sibérie le délivre de ces témoins importuns. H fait trancher la trte au prince Tourghcnief et a un riche marchand de Moscou, Fédor, qui répandent la vérité dans le peuple. Son mariage avec Marine, fille de son premier complice polonais, le prince Mnischek,

sa partialité pour cette famille étrangère, ses rapports avec le pape Paul V, dont l'ambassadeur le comblait d'adulations, enfin l'inconstance naturelle, la force de la vérité, la brièveté des succès de l'imposture, soulèvent Moscou. Le prince Schouisky conspire avec les boyards, fait sonner le tocsin , appelle la ville aux armes, pénètre dans le Kremlin, égorge le faux Dimitri, rassemble les principaux citoyens et se fait élire lui-même tsar de toutes les Russies par l'acclamation d'une seule ville (17 mai 1606).

11 règne quelques années. Il a tour à tour à se défendre contre plusieurs imposteurs, dont l'un se dit fils du tsar Fédor, dont l'autre se dit Dimitri lui-même échappé* à la révolte de Moscou. Ce dernier est même reconnu par Marine, veuve du dernier tsar, comme son époux. Les Polonais soutiennent l'imposteur et sont vainqueurs dans plusieurs batailles. Le peuple de Moscou se soulève contre Schouisky et le jette avec sa femme dans un monastère (1610). Quelque temps après, l'imposteur est abandonné par les Polonais et meurt misérablement.

Trois ans d'anarchie démembrent l'empire. Les Suédois et les Polonais se disputent les lambeaux de la Russie. Des troupes patriotiques levées par les boyards délivrent la capitale des mains des Polonais. La tsarine Marine, veuve de Dimitri et fille du Polonais Mnisc'.iek, est ramenée captive à Moscou. Son fils, âgé de trois ans, est pendu sous les yeux de sa mère. Elle expire bientôt elle-même, victime de sa beauté, de ses intrigues et de la haine des Russes contre les Polonais, fauteurs de la honte et de la servitude de leur patrie.

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