LIVRE PREMIER. G
La capitale délivrée convoque les représentants de la nation entière à Moscou pour élire un tsar. Un enfant de seize ans, Michel Romanof, est appelé au trône. Il descendait d'une famille prussienne , mais antique en Russie et illustrée par ses services. Une tradition populaire rapportait qu'Ivan IV en mourant avait désigné cette famille comme digne d'hériter de la couronne, si son fils venait à mourir sans enfants. Cette prophétie et la jalousie des boyards entre eux, qui préféraient un enfant sans appui à un prince tenté par sa puissance et sa famille de devenir un tyran, réunit les voix sur ce jeune homme (1613).
Sa mère, veuve de Fédor Nikititch, victime de Dimitri, l'élevait à l'ombre d'un cloître. Elle pleura sur sa grandeur, bordée de tant de précipices. Ces craintes furent trompées. Le règne de trente ans de Michel Romanof laissa respirer la Russie; les Suédois- et les Polonais, moyennant la cession de quelques provinces (1616) accordèrent une longue paix à ce règne.
Le fils de Michel, Alexis, lui succéda sans troubles à l'âge de quinze ans (1645). Le boyard Boris Ivanovitch Morozof gouverna sous son nom. Ce ministre ambitieux fait épouser à Alexis la belle Marie, fille d'un simple gentilhomme, Ilia Mtloslavski ; il épouse lui-même la sœur de la tsarine. Ce règne, agité par quelques séditions populaires, par une courte guerre avec la Suède et par une invasion d'un chef de Cosaques rebelles qui pille et égorge Astrakhan, finit dans la paix (1676).
Alexis, mort à quarante-huit ans, laisse, de sa première épouse Marie Miloslavski, deux fils, Fédor et Ivan, et six filles ; de son second mariage avec Nathalie Narichkin, deux enfants, le tzar Pierre et la tsarine Nathalie.
Fédor II, son héritier, réforme les privilèges militaires de la noblesse, et meurt à vingt-cinq ans sans enfants (1682).
Son frère Ivan, écarté du trône par les boyards à cause de la faiblesse de sa constitution et de son intelligence, allait faire place à Pierre, fils de Nathalie Narichkin. La princesse Sophie, sœur d'Ivan, indignée de l'injustice commise envers son frère, exclu du trône par l'ambition des Narichkin, appelle secrètement vingt mille strélitz à Moscou ; elle fait semer le bruit de l'assassinat du jeune Ivan dans le palais par les Narichkin. Le peuple, soulevé par ce crime supposé, prend parti pour l'innocence et le droit, s'élance au Kremlin avec les strélitz.
« Livrez-nous les assassins et les traîtres ! » s'écrient les soldats et les marchands. La tsarine Nathalie, son frère Narichkin, son fils Pierre encore enfant, se présentent au peuple sous le vestibule, conduisant par la main le jeune Ivan, dont la mort n'était qu'une habile calomnie de Sophie.
Le peuple s'apaise à cet aspect; mais bientôt de nouveaux cris s'élèvent : « Choisissons celui des deux que nous voulons pour régner sur nous I * Le nom