LIVRE PREMIER
d'Ivan jaillit de toutes les bouches, les lances des strélitz s'abaissent pour le saluer tsar. Tous les partisans supposés de Nathalie et de Pierre sont égorgés et précipités par les fenêtres sur les pointes des lances des strélitz ; le carnage se prolonge dans la nuit et se renouvelle au jour. Le peuple et les soldats reviennent demander de nouvelles victimes au palais. Le père et le frère de la tsarine ISathalie sont arrachés de leurs asiles pour le supplice. Nathalie, Sophie elle-mT-me, se jettent en vain à genoux devant les meurtriers pour obtenir la vie de ces princes. Les strélitz entraînent dans la cour les deux Naricbkin, se jettent les uns aux autres le frère de la tsarine reçu à la pointe des lances, lui coupent les pieds, les mains, la t*te, dépècent ses membres en lambeaux , tandis que ces barbares forcent le vieux Narichkin, père de leur souveraine, à assister au martyre de son fils. Le jeune Pierre, présent, du haut d'une terrasse du palais, au carnage de son grand-père et de son oncle et à l'humiliation de sa mère, conçoit contre les strélitz une vengeance tardive , mais qui ne doit jamais mourir dans son cœur.
La clameur publique partage stupidement le trône entre les deux enfants des deux mères, Ivan V et Pierre T. La princesse Sophie, sœur aînée d'Ivan, incapable de règne autant que de vengeance, reçoit la tutelle des deux tsars et le gouvernement de l'empire jusqu'à leur majorité. Les strélitz se proclament euxmêmes gardes de la cour et arbitres des droits au
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trûne, surveillent et agitent ce triple règne d'une femme et de deux enfants dans un nu me palair.
Ainsi, en anéantissant les privilèges institués de la noblesse , Fédor n'avait fait que constituer la tyrannie d'une soldatesque. Il était réservé à Pierre d'asseoir sur les débris de ces deux factions l'unité et l'indépendance de la monarchie.
La princesse Sophie et Galitzin, son ministre, voulaient perpétuer leur règne après la mort d'Ivan, dont la santé chancelante ne promettait pas un long avenir. Dans l'espoir de prolonger leur tutelle sur un fils du tsar, ils lui donnent pour épouse Praskovie, fille d'un Soltikof, la plus belle personne de la noblesse russe. Cette union, dont elle espère des fruits, la rassure contre la rivalité de Nathalie , mère du tsar Pierre (1683).
Le général des strélitz, Khavanskoï, longtemps honoré de sa faveur et maintenant oublieux de ses bienfaits, l'inquiète par son insolent ascendant sur ses troupes. Elle fait semer le bruit d'une conspiration de Khavanskoï et des strélitz pour égorger les deux tsars et les deux impératrices. Elle se réfugie, comme sous l'impression d'une terreur réelle, derrière les fortes murailles du monastère de la Trinité. Elle appelle de là, par des émissaires, les troupes de toutes les villes voisines au secours de la monarchie menacée. Moscou s'émeut et s'attroupe en armes autour du monastère. Khavanskoï accourt lui-même pour se justifier; mais sa