‹ Histoire de la RussieChapitre 33 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tète tombe sous la main des bourreaux de Sophie, aux pieds des strélitz désavoués par le peuple.

Les strélitz complotent de venger le sang de leur chef par le massacre général de tous les nobles. Mais bientôt, abandonnés par la capitale et menacés par les troupes qui arrivent des provinces, ils se repentent, s'accusent eux-mêmes, demandent leur grâce, et apportent au pied des murs du couvent de la Trinité les cordes, les billots, les haches, symboles et instruments de leur propre supplice (1685).

Sophie donne d'avance ainsi au tsar Pierre l'exemple de la sédition provoquée et réprimée, mais gouverne avec indépendance et gloire sous les inspirations de Galitzin. Elle signe une paix de vingt ans avec les Turcs, une alliance avec l'Autriche, la Pologne, Venise; elle combat par l'épée de Galitzin les Tartares de Crimée. Elle donne pour hetman aux Cosaques l'aventurier Mazeppa, tour à tour utile et traître à tous ses maîtres.

Cependant Sophie, assez ambitieuse pour vouloir régner longtemps dans le palais, n'était pas assez dénaturée pour vouloir acheter l'empire au prix du sang du jeune tsar Pierre, le fils de son père et de Nathalie.

Ce jeune prince, âgé de seize ans, commençait à prendre dans le conseil et dans la cour l'importance qui appartenait à un futur héritier du trône. Sophie le souffrait par force autant que par tendresse. Les vices, les débauches, les turbulences de Pierre, offraient à

Moscou tous les scandales d'une vie odieuse aux Russes. Ces désordres rassuraient également Sophie sur l'ambition de cet indocile enfant. Avant de régner, il serait reconnu par les Russes indigne du trône. Il donnait des ombrages au parti national par 6a partialité pour de jeunes aventuriers étrangers, anglais, français, polonais, allemands, écume des nations portée à Moscou par l'amour de l'inconnu et par l'espoir des grandes fortunes. Quelques-uns étaient des hommes de talent dans la guerre, dans la navigation, dans la politique, tels que l'Anglais Gordon, le Génevois Lefort, le Breton Villebois, véritables ministres de la première civilisation russe sous le futur tsar.

Pour contre-balancer le crédit sur la nation que la fécondité de Praskovie, femme d'Ivan, son collègue à l'empire, pouvait donner à ce prince, ces étrangers conseillèrent à Pierre d'épouser aussi une de ses sujettes. Jl épousa en effet, le 17 janvier 1689, Eudoxie, fille du boyard Lapoukin. Plus heureuse que Traskovie, Eudoxie donna, la première année de son mariage, un fils au tsar. La nature se déclarait ainsi pour la dynastie de Pierre contre celle d'Ivan. Le peuple russe vit dans celte naissance un arrêt du ciel qui se prononçait pour le fils de Nathalie. On redoutait le caractère turbulent de Pierre, mais on déplorait la nullité absolue d'Ivan.

Si on en croit les interprétations souvent aventurées des historiens nationaux ou étrangers de cette époque, la tutrice des deux jeunes tsars, la princesse Sophie,

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