LIVRE PREMIER
sentit s'accroître les ombrages qu'elle avait conçus contre Pierre, et résolut de l'écarter violemment du trône pour régner plus libre et plus absolue sous le nom d'Ivan.
Mais rien ne justifie, ni dans cette princesse ni dans son ministre Galitzin, la pensée d'un crime d'État, démentie par sa vie entière. Elle avait eu, dans un seul geste de sa main, la vie ou la mort de son frère Pierre et de sa mère Nathalie, au moment des massacres des Narichkin par les strélitz. Elle avait laissé vivre et régner ce frère, elle lui avait donné asile sur le trùne, elle avait imploré elle-mt me à genoux et avec larmes la pitié des assassins pour la mère et pour le fils. Était-ce donc pour les assassiner ensuite elle-même?
Il faut se défier des historiens qui faussent le caractère connu des princes. L'estime et le respect que Pierre luimême témoigna au ministre de sa sœur, Galitzin, après son triomphe, attestent assez que ce prince ne vit jamais dans ce favori de Sophie ie conseiller et le conspirateur de sa mort.
Le seul fondement à ces calomnies de l'histoire contre Sophie, c'est que le trône de Moscou était trop étroit pour deux tsars et une tsarine ; qu'une rivalité naturelle et quelquefois envenimée existait entre le tsar Pierre, son frère et sa sœur; que la subordination à Galitzin, ministre habile et tout-puissant, pesait à un jeune homme impatient de régner et de régner seul; et que de ces dissensions domestiques dans le conseil et dans le palais naissaient inévitablement des partis et des factions dans l'empire. »
Celle de Pierre grandissait avec ses années.