‹ Histoire de la RussieChapitre 43 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Pendant qu'il y prolongeait son séjour dans les fêtes, en attendant le retour de ses émissaires en Italie, le trône de Moscou, qu'il travaillait ainsi & décorer, menaçait de s'écrouler en son absence.

Cette absence, si l'on en croit les chroniques et les rumeurs du temps, donna au parti de la régente déposée et emprisonnée , Sophie , l'audace d'aspirer de . nouveau à l'empire. La jalousie des strélitz , que le tyran en partant avait publiquement éloignés de la capitale, sous prétexte de surveiller les Cosaques et les Turcs sur le Don, commençait à prendre ombrage des troupes régulières restées sous le commandement de Gordon à Moscou. Une intelligence secrète s'était établie entre le camp des strélitz et le couvent qui servait de prison à Sophie et à sa jeune sœur, la princesse Marpha. Sophie conspirait par ambition, Marpha par amour. Les murs du monastère la séparaient d'un jeune diacre d'un couvent voisin, qui ne pouvait l'entretenir que furtivement et à travers les grilles : une révolution pouvait seule renverser ces murailles, et lui permettre d'éleVer jusqu'à elle l'objet de sa passion.

Les souvenirs du règne doux, régulier et bienfaisant de l'infortunée Sophie vivaient tous les jours davantage dans le cœur des vieux Russes : cette popularité contrastait avec le scandale des mœurs étrangères et la terreur du règne violent de son frère. On s'indignait en silence de la captivité et de la persécution d'une femme à qui la Russie avait dû des années de bonheur, à qui Pierre lui-même devait le trône et la vie.

Une vieille femme, à qui les soldats qui gardaient Sophie permettaient d'approcher habituellement de la tsarine pour lui apporter sa nourriture, lui remit en leur présence un pain, en lui faisant signe de l'ouvrir seule. Sophie y trouva une lettre des chefs des strélitz qui lui demandaient ses ordres, et qui lui dévouaient leurs armes et leur vie pour la rétablir sur le trône des Russes. Par l'intermédiaire de deux femmes esclaves attachées à leur service, les deux princesses nouèrent, du fond de leur prison, des intelligences avec les strélitz. Une de ces esclaves, amoureuse d'un chantre du monastère, . était enceinte, et tremblait que sa réclusion dans le cloître ne fît découvrir et punir sa faiblesse ; elle corrompit son amant par l'intérêt de leur passion commune, et lui persuada de prêter sa complicité à des communications fréquentes entre les captives et les conjurés du dehors. Elle expia bientôt son amour et ses services par les supplices, et le fruit qu'elle portait dans son sein ne la préserva pas des tortures.

A mesures que les troupes étrangères , formées par le tsar et commandées par Gordon, se multipliaient dans l'empire, les strélitz, que Pierre s'était juré à lui-même d'exterminer à l'heure marquée par sa vengeance, diminuaient de nombre, et s'éloignaient de plus en plus de la capitale. Mal soldés, mal vttus, mal nourris, livrés à la merci d'officiers cupides qui trafiquaient de leurs approvisionnements et qui faisaient pardonner leurs rapines par leur mollesse dans la discipline, exposés avec intention par les généraux du tsar au feu et au

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