LIVRE DEUXIÈME
Cette victoire, une des plus complètes des temps modernes, laisse le tsar sans armée et la Russie ouverte aux Suédois. Charles XII se multiplie par la promptitude avec laquelle il promène sa poignôe de Suédois invincibles contre tous ses ennemis coalisés en Ingrie, en Livonie, en Danemark et en Pologne.
« Les Suédois m'apprendront à force de défaites à les vaincre, » s'écria Pierre le Grand en apprenant le désastre de Narva.
II court à Moscou, y recueille les débris de son armée, que Charles XII méprisait assez pour le6 renvoyer libres; il fond les cloches des églises pour en faire des canons; il emprunte des régiments au roi de Danemark; il confère avec le roi Auguste de Pologne à Birzen; il se ligue avec les Polonais, qui lui fournissent des subsides et vingt mille soldats.
Mais la diète polonaise, toujours opposée aux volontés de son roi, refuse l'or et les hommes. La guerre civile, commencement et fin de tout dans cette anarchie, éclate en Pologne et livre la patrie aux Suédois. Des Saxons, des Allemands, des Livoniens, remplacent le contingent polonais dans l'armée du tsar.
Une année se consume en petits combats sur le lac Peïpus et sur le lac Ladoga, entre les Suédois et les Russes commandés par Scheremetof; les troupes du tsar s'aguerrissent; Charles XII menace d'une flotte Archangel; le tsar y vole, fortifie la Dwina, revient à Moscou. Les Suédois perdent la bataille d'Emback; les Russes saccagent la Livonie, et emmènent captive la population de Marienbourg.
Une jeune servante du ministre luthérien de Marienbourg suivait ce cortège de captifs, destinée par la fortune à devenir bientôt l'impératrice de ces Russes qui la chassaient devant eux comme une vile brebis du troupeau.
Scheremetof, après avoir achevé la libération de l'Ingrie et de la Livonie, et fondé Schlùsselbourg (ville de la clef) sur le lac Ladoga, revint triompher sous les yeux du tsar dans Moscou (1 702).
La victoire facilita les réformes commencées; Pieïre les compléta après ces succès de ses armes. Il fonda la première imprimerie à Moscou; des hôpitaux et des maisons de travail s'élevèrent pour soulager la misère et pour corriger la mendicité. Il appela des manufacturiers de toutes les industries. Il commença la construction de vaisseaux à haut bord de quatre-vingts canons sur le Dniéper; il les allégea avec art pour les élever au-dessus des bas-fonds et les faire entrer dans la mer d'Azof. 11 crée des arsenaux et des fabriques d'armes, des chantiers de construction à Olonitz, entre les lacs Onega et Ladoga, mers intérieures. Il sert comme officier infirmier lui-même, sous le maréchal Scheremetof, son général, pour donner l'exemple du respect à l'expérience et au talent.
Le roi Auguste de Pologne, chassé de ses États avec son parti par les Polonais du parti contraire, se réfugie dans son empire. Les vingt mille soldats russes que Pierre avait prêtés et que Patkul avait disciplinés rejoignent l'armée de Scheremetof. Dans une expédition aux