‹ Histoire de la RussieChapitre 5 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

à une tyrannie de leur race , se choisirent un chef étranger, né, élevé et grandi parmi les Vanègucs russes, tribu de pirates Scandinaves, à qui la mer et la guerre avaient donné la iHoire et l'ambition de la souveraineté. Ce chef de pirates se nommait Rurik. « Venez nous gouverner, lui firent dire les tribus sédentaires de la Russie agricole, notre pays est vaste et fertile, mais les dissensions le stérilisent. Régnez sur nous, nous vous résignons la liberté pour la paix ! »

Rurik accourut avec deux de ses frères, suivi d'une horde guerrière de Scandinaves. Il établit la. tyrannie et la cimenta dans le sang des chefs de parti qui voulurent revendiquer l'antique liberté. Il aggloméra successivement de nouvelles provinces et de nouvelles villes à ses États encore limités, et fonda ainsi la monarchie russe.

Parmi les Scandinaves, compagnons de Rurik, une partie avait conservé le génie de la mer. Ils se séparèrent de lui, s'emparèrent de Kief et s'y établirent; ils armèrent sur le Dniéper une flottille de cinq cents barques, découvrirent la mer ISoire, voguèrent versConstantinople et assiégèrent les Grecs dans leur capitale en 866. Un prodige étonna ces barbares et les convertit au christianisme. Le patriarche grec promena processionnellement dans Constantinople une prétendue robe de .la Vierge, mère du Christ, et plongea sa relique dans le Bosphore pour conjurer le danger de la patrie. Les flots s'émurent au souffle des vents, et une tempête soudaine fracassa les cinq cents vaisseaux des Russes contre les rochers des deux rives. Un petit nombre de Russes échappa au désastre et rentra à Kief, racontant la puissance surnaturelle des reliques chrétiennes; les Russes crédules envoyèrent des ambassadeurs à l'empereur grec, Michel III, pour lui demander le baptême et

l'Évangile. Le peuple de Kief se soumit en masse aux prêtres grecs envoyés pour le catéchiser. Le Christ et Odin, dieu des Scandinaves, se partagèrent longtemps l'imagination des Slaves.

Rurick, après un long règne, mourut en 879, laissant le trône à son fils encore enfant, Igor, et la régence à Oleg.

Oleg acheva par la guerre et par la ruse de rassembler en un seul faisceau nionarchique tous les Slaves des deux Russies. Pour perpétuer son ascendant sur son pupille Igor, il lui fait épouser sa fille Olga, type de beauté et de vertu célèbre jusqu'à nos jours par les traditions populaires des Russes , Clotilde d'un autre Clovis.

Deux mille barques fabriquées de nouveau sur le Dniéper portèrent une armée de Russes sous les murs de Constantinople. Oleg commandait l'expédition. Arrivé sans obstacle dans le Bosphore, il fit avant Mahomet II ce que ce conquérant turc devait imiter pour assiéger Byzance. Ses barques, transportées ou roulées sur des roues par-dessus le promontoire de Galata qui sépare le Bosphore du port de Byzance , voguèrent bientôt sur la Corne (COr\ et pressèrent les murs de Constantinople. L'empire grec se racheta du pillage par de honteux tributs. Oleg, chargé de dépouilles, suspendit insolemment en signe de possession son bouclier à la porte principale de Constantinople , sûr d'avoir frayé la route à son peuple vers un empire que ses habitants efféminés savaient marchander mais non défendre (904).

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