LIVRE PREMIER
Ce héros, vieilli dans la gloire, mourut d'une de ces morts étranges ou fabuleuses que les peuples superstitieux se plaisent à consigner dans leurs traditions. Il avait renoncé à monter à cheval dans les dernières années de sa vie par crédulité à une prophétie qui lui annonçait que son cheval favori serait la cause de sa mort. Ayant demandé un jour des nouvelles de son vieux coursier, on lui répondit que l'animal était mort dans les pâturages de Kief depuis quatre ans. c Je veux demain aller visiter, dit-il, les ossements desséchés de ce généreux compagnon de mes exploits. > Conduit sur les steppes où gisait le cadavre, Oleg s'attendrit, et, retournant du pied la tète du cheval, il en brisa le crâne sous sa semelle. Un serpent venimeux sortit de la cavité du crâne, dont il avait fait son asile, et mordit l'orteil du héros. Oleg expira près des restes de son coursier. Le peuple entier versa des larmes aux funérailles du tuteur du roi, qui avait ajouté à la monarchie les vastes territoires conquis entre les monts Krapacks, rempart de la Hongrie , le Dniester, Smolensk et la mer Noire.
Igor, son pupille, ne gouverna qu'après la mort de ce héros, en 913; il eut à combattre les Petchénèques, natiou inconnue qu'il mit hors d'état de lui nuire. Dix mille barques armées le portèrent à son tour sous les murs de Constantinople. La décadence des empires appelle toujours les barbares. Le feu grégeois, dernière protection des Grecs, consuma une partie de sa flotte. Il fit une nouvelle expédition en 944, mais ne dépassa pas
la Crimée; l'usurpateur Romain 1" lui paya tribut. Revenu en Russie, Igor voulut exiger deux tributs au lieu d'un d'une des provinces de l'empire; vaincu par les rebelles indignés de cette conduite, il fut attaché par les pieds et par les mains à deux bouleaux rapprochés et flexibles que des cordes tiraient en sens contraires, et écartelé ainsi par ses sujets (945).
Sa veuve Olga, régente pendant la minorité de son fils Swiatoslaf, vengea sa mort en faisant enterrer vifs les députés de la province insurgée dans une fosse creusée sous les murs de son palais, et en massacrant ses hôtes sur la tombe d'Igor.
Après avoir remis le gouvernement pacifié à son fils, elle partit pour Constantinople et se fit baptiser par le patriarche. L'empereur Constantin Porphyrogénète fut son parrain. Le récit de cette conversion et de cette pompe chrétienne illustra l'histoire byzantine. Les Grecs dégénérés imposaient leur culte à leurs vainqueurs. Le christianisme, religion de la faiblesse, de la chasteté, de l'amour et de l'espérance , retrouvait dans les forêts de la Moscovie une autre Hélène dans Olga.
Son fils Swiatoslaf, encore fidèle au culte des Scandinaves , tolérait le christianisme sans oser le professer. Il conquit les rives du Don, du Volga, de l'Oka, de la mer d'Azof, du Danube. Séduit par le climat et par la fertilité des rives de ce fleuve, il résolut d'y établir sa capitale.
t Assiste au moins à mes funérailles, lui dit sa mère Olga, et alors tu iras où tu voudras, puisque aussi bien la vieillesse et les infirmités ne tarderont pas à m'ouvrir la tombe l »
Elle mourut quatre jours après ces supplications prophétiques à son fils. L'histoire l'accuse de perfidies, de