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LIVRE DEUXIÈME

la môme femme le choix de son cœur, l'inspiration de son esprit, l'oracle caché de l'empire. Son estime confirma de plus en plus sa passion.

Ce fut dans cette retraite ignorée que Catherine devint mère de deux filles qui furent depuis la tsarine Anne et l'impératrice Élisaheth, et d'un fils qui ne devait jamais régner.

Le mariage secret, mais toujours menaçant, de Catherine avec le trahan de la garde de Charles XII, empêchait seul le tsar d'élever sa maîtresse jusqu'au trône en l'épousant. Il fit rechercher avec anxiété par Menchikof les traces de cet époux d'un jour, dont la découverte pouvait troubler son bonheur.

Le trahan. de son côté, cherchait les traces de sa femme disparue de Marienbourg. Fait prisonnier à la bataille de Pultawa, amené captif à Moscou pour orner le triomphe de Pierre , il fut relégué ensuite dans une province éloignée. Le bruit de l'enlèvement de sa femme par Menchikof, de la passion du tsar pour une esclave de ce favori, et de l'empire que cette belle esclave avait pris sur le maître de la Russie, parvint à ses oreilles; il soupçonna que cette esclave-reine était cette môme Catherine enlevée par les Russes de la maison de l'archiprètre Gluck. Fier et heureux de ces conjectures , il les communiqua témérairement au commissaire russe chargé du soin des prisonniers suédois , espérant que les largesses du tsar compenseraient pour lui la perte de Catherine.

Soit par l'ordre secret de Pierre , soit pour prévenir la

jalousie présumée de son souverain, le commissaire alîecta de voir dans ces révélations du prisonnier suédois une imposture et une offense à la dignité du tsar; il envova perdre l'infortuné traban au fond des déserts de la Sibérie , d'où la nouvelle authentique de sa mort parvint à Moscou peu de temps après la paix avec la Suède.

Rien alors ne s'opposa plus que la différence de religion au mariage secret de Pierre avec Catherine. Née catholique de parents polonais, élevée dans la religion luthérienne en Livonie , instruite par les soins de Pierre le Grand dans la religion grecque, dont l'amour et l'ambition lui révélaient la supériorité sur ses premiers cultes, Catherine abjura sans effort ses deux précédentes religions. Elle fut baptisée et mariée le même jour à Pierre. La princesse Marie, sœur du tsar, encouragea elle-même son frère à ce mariage, soit pour flatter son cœur, soit pour opposer la douce Catherine à la fière Eudoxie répudiée, mais dont elle craignait le retour (1710).

Le tsar, à peine devenu l'époux de Catherine par un mariage non proclamé, mais transparent pour tout le monde, emmena avec lui Catherine à l'armée de Shérémétof, déjà en face des Turcs dans la Bessarabie. Il conduisait lui-même, comme à Pultawa, une seconde armée , composée de ses gardes et de toute la noblesse de l'empire , vers le Dniester. Par une tactique hardie , mais imprudente , Pierre osa traverser le Pruth et camper sur la rive droite de ce fleuve, pour tendre la main à

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