‹ Histoire de la RussieChapitre 64 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

hériter du sang d'Alexis, n'envenimait en rien l'aversion du père contre le fils : « S'il n'avait pas près de lui la tsarine, dit un de ses témoins, Dolgorouki, ami d'Alexis, personne ne pourrait tenir à ses brutalités , et j'irais le premier m'enfermer dans une forteresse. <

Le plus grand crime d'Alexis était inconnu encore : c'était un projet de lettre au sénat, qui fut retrouvé dans les mains de sa maîtresse , la paysanne Euphrosine. Cette lettre n'était qu'une prière en termes complètement irréprochables aux magistrats , au clergé et au peuple, pour réserver ses droits héréditaires dans le cas où le trône deviendrait vacant pendant qu'il était exilé à Naples. La haine seule , et la haine acharnée d*un père et d'un persécuteur , pouvait incriminer de tels actes et de telles expressions. Le crime manquait au prétendu coupable ; un hasard fatal vint en fournir l'apparence ou le prétexte au tsar.

Quelque temps avant sa répudiation et son emprisonnement au monastère de Souzdal, l'impératrice Eudoxie, outragée et menacée par son mari, avait conçu une passion secrète pour un officier général de l'armée de Pierre, nommé GIcbof. Cet amour, resté mystérieux et innocent jusque-là, s'était irrité et passionné davantage depuis neuf ans par la séparation et par la cruelle captivité d'Eudoxie. Glébof avait réussi, pour se rapprocher de l'impératrice, à se faire nommer au commandement des troupes qui gardaient le monastère de Souzdal. 11 avait trouvé dans ce commandement des occasions naturelles d'intelligences et d'entrevues avec

Eudoxie. Elle avait pris en religion le nom d'Hélène, pour tout dépouiller de la terre jusqu'à son nom; mais elle n'avait dépouillé ni ses regrets, ni son amour, ni son ambition, ni ses droits.

Un prélat remuant, Dosipheï, archevêque de Rostof, confident des amours de Glébof et d'Hélène, n'avait pas hésité à les fiancer dans la chapelle du monastère, et à échanger entre eux les anneaux bénits, gage de leur future union. La sœur du tsar elle-même , la tsarine Marpha, amie d'Hélène, lui avait fait présent de robes et de bijoux interdits dans le cloître, et conformes au rang qu'elle avait occupé et qu'elle espérait occuper de nouveau dans le monde. Ces deux princesses, dont l'une était mère, l'autre tante d'Alexis, étaient soupçonnées de relations et de partialité bien naturelle pour les malheurs de ce jeune prince. Elles fondaient, disait-on, des espérances de liberté sur son règne futur.

Ces amours , ces fiançailles secrètes , ces relations supposées, ces perspectives de liberté et de règne, travesties en complicité et en crime, éclatèrent comme autant de preuves des forfaits que le père avait besoin de trouver dans le fils.

Hélène, enchaînée et amenée à Moscou, écrivit sous le coup des menaces une lettre suppliante à son mari ; lettre dans laquelle elle avouait qu'elle avait dépouillé après six mois l'habit de religieuse dont on l'avait forcément revêtue : c'était tout son crime, elle le confessait publiquement, et implorait pour toute grâce la vie. Ses interrogatoires ne révélèrent aucun autre crime : on ne le trouva pas suffisant pour lui infliger la mort. On se borna à lui imposer la honte d'être fouettée par deux religieuses, et à l'enfermer pour le reste de ses jours dans un couvent inaccessible, sur un écueil du Lac Ladoga.

L'archevêque Dosipheï, reconnu coupable d'avoir fiancé

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