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UVRE TROISIÈME

La pauvre paysanne finnoise, Euphrosine, interrogée à son tour, confessa que son amant Alexis s'était plaint quelquefois des rigueurs de son père. Alexis lui-même comparut tremblant devant le clergé érigé en tribunal et devant le tsar. Le clergé complaisant encouragea le père à frapper, par une allusion biblique qui flétrissait jusqu'à la compassion paternelle dans l'âme d'un père : « David dit à son général : « Épargnez mon fils Absalon. » Le père voulut C épargner, mais la justice de Dieu ne F épargna pas. »

Un prisonnier, qui habitait la même prison qu'Alexis, entendait toutes les nuits le bruit des coups dont on accablait le tsarévitch pour le contraindre à signer des aveux et des suppliques à son père. Ses gémissements étouffés perçaient les murs de son cachot. Ces pièces et ces aveux extorqués servirent d'excuse aux juges. Le 24 juin 1718, ils le condamnèrent à l'unanimité à la peine de mort. Jamais les tyrans ne manquent de sentences pour légitimer leurs forfaits.

Nous possédons aujourd'hui des détails circonstanciés sur les derniers moments d'Alexis. A la lecture de son arrêt de mort, il tomba évanoui au pied du juge qui lui lisait sa sentence. Le saisissement l'avait tué avant le supplice.

Le tsar, pour se donner à la fois le bénéfice de la clémence et celui de la mort, accorda avec ostentation la grâce de son fils; mais, se tournant vers un chirurgien affidé qui comprenait à demi-mot les volontés de son maître : -

« Va soigner le malade, lui dit-il ; et comme le saisissement a été dangereux, saigne-le abondamment, et ouvre-lui les quatre veines. »

Anna Crammer, confidente à cette époque de Pierre et de Catherine, certifia plus tard qu'il avait étë en outre

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décapité, et qu'elle fut chargée elle-même de recoudre la tête au tronc et d'entourer le cou d'une cravate noire, pour que le cadavre exposé sur un lit de parade , à visage découvert, selon l'usage des sépultures grecques, ne laissât pas voir la trace de la hache.

Pierre, qui était alors à Pétersbourg, où l'exécution avait eu lieu dans la citadelle, suivit le cercueil de son fils en versant des larmes. Était-ce hypocrisie? etait-ce contradiction de la nature dans un caractère aussi facile aux larmes qu'au sang? Constantin à Byzance, et Philippe II à Madrid, avaient porté aussi avec larmes le deuil de leur fils. La férocité a ses mystères, comme le fanatisme et l'ambition.

La Providence ne paraissait pas venger sur ses armes les barbaries de sa cour. La Livonie, l'Esthonie, la Carélie, l'Ingrie, la Finlande presque entière, s'incorporaient successivement à ses États ; la Pologne pliait sous le roi imposé par lui.

11 avait rapporté de la France, qu'il avait visitée dans son second voyage, une administration imitatrice de celle de Louis XIV; ses institutions civiles prospéraient sans résistance dans son peuple; sa marine se construisait à Cronstadt; les folies héroïques de Charles XII le délivraient de son seul ennemi dangereux sur la Baltique; il établissait à la fois à Pétersbourg des lois somptuaires et des manufactures, contradiction qu'un peuple primitif ne comprenait pas encore; un hospice d'orphelins et d'enfants trouvés, des écoles publiques, s'élevaient à Moscou et dans les principales villes de l'empire. Les riches

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