‹ Histoire de la RussieChapitre 74 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Biren, régent, dissimulait mal l'ambition secrète de s'élever jusqu'au trône. Il osa, dès le lendemain de la mort de l'impératrice Anne, donner le palais pour prison au duc de Brunswick, père de l'héritier de l'empire. « Si lajeune mère d ivan VI, disait-il, ose inquiéter, au nom de son fils, ma régence, je la renverrai avec son empereur au berceau en Allemagne, et j'appellerai en Russie le duc de Holstein, plus proche parent qu'elle de Pierre le Grand. »

Il flattait en im me temps la princesse Elisabeth, fillo de Pierre et de Catherine, de l'élever au trône si elle consentait à épouser son propre fils, et «à substituer ainsi le sang de Biren au sang impérial des Romanof. Ces duplicités et ces insolences le soutenaient à la fois sur le vide et sur la tyrannie. La haine publique, muette pendant la vie de l'impératrice Anne, commençait à l'assaillir de murmures et de complots.

L'ingrat Munich, son complice et son général, donna une àme et un bras au ressentiment des Russes. Munich s'était flatté, en favorisant les prétentions de Biren à la régence, de la partager avec lui. Biren ne lui avait donné que de vains honneurs : Munich, confident des humiliations et des griefs du prince et de la princesse de Brunswick, annihilés et emprisonnés dans le palais d'hiver, conspira avec eux la chute du tyran commun.

Le 18 novembre, à minuit, après avoir soupé à la table du régent au palais d'été, avec une liberté d'esprit qui couvrait la perfidie du conjuré, Munich prend quatrevingts soldats de garde au palais de la princesse de

Brunswick, les harangue en présence de la jeune mère captive et de l'empereur au berceau, reçoit leur serment de fidélité au sang de Pierre le Grand, marche à leur tête dans l'ombre au palais d'été, aborde la garde de Biren, l'embauche sans bruit, la réunit à sa troupe, et ordonne à son aide de camp Manstein de pénétrer avec vingt grenadiers dans les appartements du régent endormi.

Biren, surpris dans son sommeil à côté de sa femme, se précipite du lit en appelant au secours, et en luttant de ses mains désarmées contre les soldats ; il tombe sous leurs genoux sur le plancher, on lui lie les pieds et les mains avec les ceinturons des sabres. Pendant cette lutte, la régente , nue en chemise et échevelée , s'échappe du palais par une fenêtre basse, et court, les pieds dans la neige, en poussant des cris d'effroi sur le meurtre de son mari. Les soldats de Munich l'arrêtent, et reçoivent l'ordre de la reconduire à ses appartements ; mais , au lieu d'exécuter cet ordre respectueux de leur général, ils la jettent et la laissent demi-morte sur un monceau de neige. Un officier de la troupe des conjurés la rencontre, la relève , la couvre de son manteau , et la reconduit au palais.

Quelques heures après, Biren, sa femme et ses enfants, conduits au château de Schliisselbourg sur l'île du lac Ladoga, sont condamnés à l'éternel exil de la Sibérie. Munich dessine de sa propre main, avec un raffinement de cruelle ironie , le plan de la hutte qu'il destine au régent de l'empire ! 11 proclame la duchesse de Brunswick, mère d'Ivan , régente pendant la minorité de son fils. II demandait pour lui-même, en retour.de ce service, le titre de généralissime des armées de terre et de mer de toutes les forces de l'empire et la souveraineté de l'Ukraine, par une ambitieuse émulation avec le paysan de Courlande, devenu souverain de sa patrie. Le fils du pasteur

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