‹ Histoire de la RussieChapitre 77 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sion portée par son père et violée en elle, la nouvelle tsarine se hâta de désigner pour son héritier au trône de Russie le duc de Holstein, fils de sa sœur aînée. Ce jeune prince fut appelé par elle en Russie, embrassa la religion grecque, et reçut le nom impérial de Pierre en mémoire de son aïeul. Bestuchef, fils d'un Écossais, qui avait changé de nom comme de patrie, ancien protégé de Biren et précipité avec lui du pouvoir, gouverna avec le titre de vice-chancelier.

Le maréchal Lascy contraignit par ses victoires les Suédois à la paix. A la mort de leur vieux roi, les Suédois offrirent leur trône au duc de Holstein. Il préféra le titre d'héritier présomptif d' Élisabeth, et se repentit trop tard d'avoir écarté l'offre d'un peuple fidèle et héroïque pour l'éventualité d'une couronne, jouet des révolutions militaires.

Déjà une conspiration de palais s'ourdissait contre Élisabeth en faveur du jeune Ivan, fils de la régente emprisonnée. La plus belle femme de Russie, la princesse Lapoukin, était l'âme du complot. Elle y avait entraîné, par ses charmes et par son éloquence, sa famille et ses amis. Condamnée avec eux à la Sibérie, après avoir eu le bout de la langue coupé par le bourreau, elle se débattait contre les exécuteurs, et conserva assez de parole pour invoquer la vengeance de Dieu et des hommes contre Élisabeth. L'impératrice, dont les conjurés avaient menacé la vie, fut assez magnanime pour laisser la vie à ses assassins.

Le duc de Holstein, l'héritier de l'empire , fut marié

par elle à la fille du prince régnant d'Anhalt-Zerbst. Cette princesse adopta, comme son mari, le rite grec, et fut nommée à son second baptême Catherine Alexieuwna, nom qu'elle devait illustrer depuis par tant de génie , tant de fortune et tant de crimes.

Les causes de cette préférence pour une jeune princesse allemande, sujette du roi de Prusse le grand Frédéric, furent cherchées dans la politique : elles étaient toutes dans le cœur d'Elisabeth.

Élisabeth, encore enfant, avait été destinée à épouser un jeune prince d'Anhalt-Zerbst, que la cour de Moscou avait fait venir en Russie pour ce mariage. La plus tendre inclination s'était formée entre les deux fiancés, quand le prince d'Anhalt fut enlevé par une mort précoce. Élisabeth, fidèle à sa mémoire, avait juré de n'épouser jamais un autre prince. Elle conservait un culte pour son nom, et recherchait toutes les occasions de rapprocher d'elle une famille qui lui rappelait son premier amour. La sœur du prince enlevé ainsi à la tendresse de la princesse, maintenant tsarine de Russie, avait été encouragée par le grand Frédéric à profiter de ce sentiment personnel pour présenter à la cour de Moscou sa fille, nièce du fiancé si cher à Elisabeth, et dont la beauté pouvait séduire les yeux de l'héritier du tronc.

Les prévisions du grand Frédéric se vérifièrent. La jeune princesse d'Anhalt et le grand-duc de Russie ne purent se voir sans s'aimer; la mère favorisa entre eux des entretiens secrets qui enflammèrent jusqu'à la passion l'héritier d'Élisabeth; puis, feignant de les décou-

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